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Crise

« Peut-on savoir sans avoir vécu ? », c’était le thème d’une dissertation de philosophie que j’ai eu à rédiger en Terminale.

Que pouvons-nous savoir de la faim (en Afrique), de la pauvreté (dans le Nord) ou de la guerre (en 1940) puisque nous ne l’avons pas vécue ?

Comme je crois à la diffusion du savoir par le livre et les médias, je crois, si on est ouvert, que l’on peut toucher une réalité au travers d’un texte. A condition que l’auteur respecte son sujet. C’est cette réalité que j’ai découverte dans plusieurs livres ces derniers mois, notamment HHhH de Laurent Binet ou D’autres vie que la mienne d’Emmanuel Carrère.

Avec Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas, c’est la réalité des emplois précaires, des vies fracassées par la crise économique qui nous est décrite.

Autant le dire immédiatement, il y aurait certainement une certaine indécence à partager la vie des sans-emplois pendant quelques mois, tel que l’a fait Florence Aubenas, alors qu’on sait très bien qu’on peut en sortir à n’importe quel moment, si l’auteur ne savait pas s’effacer devant ces femmes et ces hommes dont elle croise le chemin, et les restituer dans toutes leur humanité.

Curieusement, ce récit n’est ni pesant ni triste. Il s’exprime toujours une certaine joie de vivre, certains moments de légèreté et de rires, ces quelques instants que l’on vole à l’adversité, tous ces rêves que l’on a et qui font que l’on peut continuer, malgré tout.

Jours de fatigue, levée à 4 heures du matin, couchée au milieu de la nuit, jours de course, où il faut finir en quelques heures le nettoyage qu’il faudrait deux fois plus longtemps pour respecter le contrat, jour de lutte, où l’on se souvient du passé ouvrier d’une France industrielle.

A lire pour comprendre la réalité de la France d’aujourd’hui, à lire avant de voter en 2012, à lire pour refuser le décalage entre une société qui valorise l’argent, la réussite, la compétition, où tout est permis au nom du profit immédiat, sans regarder tout les sans-nom qui permettent de faire tourner la société, sans comprendre que la paupérisation des classes populaires et, bientôt, des classes moyennes, est intrinsèque au capitalisme.

Merci Florence, merci à toutes ces femmes, de nous le rappeler.

Extrait

Sans que cela soit dit, nous savons que le distributeur [de boissons] n’est pas pour nous, il appartient à un monde du travail auquel nous n’avons pas accès, celui où on décroche son portable quand il sonne et où on ne calcule pas le temps que ça prendra d’aller aux toilettes.

Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham, Points, 2011

Recommencements

Peut-on encore faire une note sur le film Parlez-moi de la pluie d’Agnès Jaoui, plusieurs mois après sa sortie en salle ?

Oui, car il faut parler de ce film quand on aime la politique, le cinéma, la littérature et les gens.

Ceux qui ont l’amabilité de venir de temps en temps lire une note sur Mon Président savent bien ce blog ne parle que de cela, de la politique, du cinéma, de littérature et des gens !

Fraichement entrée en politique et parachutée dans sa région natale au nom de la parité, Agathe Villanova (Agnès Jaoui) renoue avec un passé qu’elle avait tenu éloigné, sa sœur Florence et sa vieille nourrice algérienne, Mimouna, et le souvenir de leur mère, morte depuis un an. Elle est interviewée, pour un documentaire sur les femmes qui ont réussi, par Karim (Jamel Debbouze), le fils de sa nourrice et Michel Ronsart (Jean-Pierre Bacri), lequel est amoureux de la soeur d’Agathe.

Loin d’un vaudeville, le film dresse par petites touches le portrait et la complexité de chacun des personnages.

Politique, parce que le film montre une certaine réalité de la vie d’un responsable politique, avec ses doutes, ses contraintes, le regard des autres, l’incompréhension souvent.

Cinéma et littérature, car loin d’un film d’action, c’est par de petites scènes construites sur presque rien que se dessinent les personnages et leur évolution.

Les gens, car il faut justement les aimer beaucoup pour faire sentir la complexité qui les animent et ne pas les caricaturer. Aucunes des situations, aucunes des transformations qui concluent le film ne sont artificielles, justement grâce à cette humanité qu’a su installer Agnès Jaoui.

Et ce qui ne gâche rien, on rit beaucoup, aussi bien de l’insolence de Jamel Debbouze, que de la balourdise de Jean-Pierre Bacri ou du désarroi de Agnès Jaoui.

Parlez-moi de la pluie … ou du beau temps car les jours succèdent aux jours et tout recommence, et tout continue.