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Rwanda

La chronique du livre de Patrick Besson, Mais le fleuve tuera l’homme blanc, sur ce blog m’avait fait découvrir une réalité inconnue ou oubliée du génocide rwandais.

A la lecture de l’enquête publiée dans Le Monde du 27/01/2012, sous la plume de Christophe Ayad et Philippe Bernard, il apparaît que la réalité est complexe et qu’on ne saurait prendre parti sur une version ou une autre de l’Histoire sans un peu de circonspection.

Lire l’article en totalité sur lemonde.fr

Extrait

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Les deux « vérités » judiciaires, diamétralement opposées, que la même procédure semble avoir tour à tour établies, reflètent les thèses inconciliables défendues par les deux camps en présence dans le débat public français.

Les uns avaient applaudi le juge Bruguière. Pour eux, aucun doute : la France n’a rien à se reprocher. C’est Paul Kagamé qui, en assassinant le président hutu Habyarimana, a déclenché le massacre de ses frères tutsi.

Les autres mettent tous leurs espoirs dans la nouvelle enquête du juge Trévidic : la désignation des extrémistes hutu – dont certains cadres militaires furent formés et encadrés par Paris de 1990 à 1994 – comme auteurs de l’attentat, exonère les rebelles tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé, en guerre contre le régime Habyarimana depuis 1990. Cette autre « vérité » laisse planer l’hypothèse d’une complicité de la France dans l’événement qui donna le signal du génocide.

La controverse inclut la question du lien entre l’attentat et le génocide. Curieusement, la focalisation sur un crash qui a fait douze victimes, a presque fini par reléguer au second plan le massacre de 800 000 personnes. Alors que les historiens ont établi que l’extermination de la minorité tutsi avait été préparée (établissement de listes, appels radiophoniques à l’élimination, formation des milices extrémistes hutu Interahamwe qui ont joué un rôle majeur dans le génocide), les pro-Bruguière tendent à faire de l’attentat la cause essentielle, voire unique, des massacres, qui auraient débuté « en réaction ».

Insensiblement, le mystère de l’attentat s’est transposé en mystère sur les auteurs du génocide. Convaincus de la culpabilité de Paul Kagamé dans l’assassinat du président, ceux qui refusent de mettre en cause la France le désignent comme le responsable du génocide de son propre peuple. L’actuel président aurait sacrifié les Tutsi de l’intérieur pour conquérir le pouvoir, comme l’expliquait le juge Bruguière dans son ordonnance de novembre 2006, qui, sortant du cadre judiciaire développait une analyse historique aux allures de pamphlet.

[...]

Ces deux « versions de l’histoire » ont fini par dessiner deux camps inconciliables, porteurs, chacun, d’une vision du rôle et de la place de la France en Afrique, dans le monde et dans l’histoire. Toutes proportions gardées, l’affaire rwandaise évoque la guerre d’Algérie. Elle soulève des questions comparables : l’articulation entre l’Etat républicain et l’armée ; l’euphémisation d’une véritable guerre coloniale en « opérations de maintien de l’ordre » (Algérie) ou en« soutien à un régime ami attaqué par des rebelles » (Rwanda) ; la rivalité avec les Anglo-Saxons sur le continent africain, connue sous le nom de « syndrome de Fachoda », du nom de l’incident diplomatique survenu au Soudan en 1898, et considéré comme le symbole de l’humiliation de la France par la Grande-Bretagne.

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Christophe Ayad et Philippe Bernard
in Le Monde, 27/01/2012

Aubry

Pourquoi je voterai Martine Aubry le 16 octobre 2011

Chacun peut le constater en parcourant les notes de ce blog, je suis depuis des années, fidèle à Dominique Strauss-Kahn et cette fidélité politique ne s’est atténuée, ni avec le temps, ni avec les affaires dans lesquelles il a été impliqué.

Mon candidat naturel à l’élection présidentielle de 2012 est et restera Dominique Strauss-Kahn.

Dans l’impossibilité qu’il d’être en situation de se présenter aujourd’hui, et face à la nécessité de désigner un candidat du Parti socialiste et de battre la droite en Avril 2012, la seule personne pouvant rassembler les forces et l’intelligence de la Gauche est aujourd’hui Martine Aubry.

Pour comprendre les raisons de ce choix, il faut revenir à la conception que j’ai de l’élection présidentielle.

Je suis contre l’élection du Président de la République au suffrage universel. Je suis contre cette conception issue de la Vème République qui fait du Président une sorte de sauveur suprême censé incarner la Nation.

Pour un homme de Gauche, imaginer qu’une seule personne puisse effectuer la synthèse des aspirations d’un peuple est impossible. La culture dont je me réclame est une culture collective, une culture de l’intelligence partagée, une culture de la régulation négociée des aspirations divergentes.

C’est pour cela qu’il faut redonner au Parlement son rôle premier de débat d’idée, du lieu où s’expriment les différents choix et se choisissent les orientations. C’est pour cela qu’il faut redonner au Gouvernement, son rôle de mise en oeuvre de ces orientations. Ceci fait, alors, et alors seulement, le Président peut jouer un rôle de conscience morale, d’ambassadeur  et surtout, oeuvrer pour intégrer la France dans l’Europe, parce qu’il ne sera enfin plus celui qui protège la France de l’Europe, mais celui qui représente la France en Europe.

Devenir européen ne passera que par une diminution du rôle politique du Président au profit du gouvernement et au profit de l’Europe. Puisque nous sommes de Gauche, nous sommes internationalistes, nous sommes Européens, nous ne pouvons donc qu’être pour une diminution du rôle du Président.

Dominique Strauss-Kahn me paraissait avoir intégré toutes ces dimensions et étaient pour moi celui qui pouvait le mieux transformer le rôle du Président et redonner un rôle premier au gouvernement et au parlement.

Qui donc de Martine Aubry et de François Hollande est mieux à même de prendre la suite ?

Martine Aubry était avec Dominique Strauss-Kahn de cette « Dream Team » du gouvernement de Lionen Jospin en 1997. Ce fut l’un des gouvernement les plus actifs, les plus équilibrés, les plus efficaces que l’on ait connu. Débats d’idées, choix fondamentaux, investissements vers l’avenir,  transformation de la société, tout cela a été fait à partir de 1997 avec cette équipe dans laquelle figurait Martine Aubry (Ministre de l’Emploi et de la Solidarité et n°2 du Gouvernement).

Et pour ceux qui rétorquerai que ce gouvernement s’est terminé par l’échec du 21 avril 2002, je répondrai que, à mon avis, après le départ de Dominique Strauss-Kahn puis de Martine Aubry, Lionel Jospin n’a pas su  renouer avec cette dynamique collective et créer, au moment de l’élection présidentielle, une aspiration vers le futur qui fédère la Gauche.

Je crois que Martine Aubry est la plus capable aujourd’hui de recréer à Gauche une équipe à même de répondre aux difficultés d’aujourd’hui, et notamment à la crise économique majeure et celle du capitalisme que nous vivons actuellement et qui va s’amplifier dans les mois qui viennent.

C’est pour cela que je voterai pour Martine Aubry le 16 octobre 2011 lors du 2ème tour des Primaires citoyennes organisées par le Parti socialiste.

J’aurai aimé pouvoir finir sur la phrase précédente, mais je sais qu’on me reprochera de ne pas avoir indiqué pourquoi François Hollande n’aurait pas les mêmes qualités.

La réponse est simple et terrible : parce qu’il ne les a tout simplement jamais démontrées. François Hollande est un personnage sympathique, rondouillard (à l’époque), rigolo. Beaucoup se souviennent de ces discours lorsqu’il était Premier Secrétaire, ils étaient drôles, parfois percutants. Mais, en aucun cas, à aucun moment, François Hollande n’a incarné un leadership quelconque, à aucun moment, François Hollande n’a incarné une évidence d’idées propres, une évidence de propositions, … C’est certainement un bon orateur, un bon traducteur de la pensée de son leader, c’est certainement un bon second, certainement pas un Président de la République.

Afrique

Magie de la littérature : on prend un livre, au hasard (enfin, presque), parce que le titre vous plait, et, finalement, on ne regrette pas d’avoir choisi ce livre qu’on a pris un grand plaisir à lire.

C’est ce qui vient de m’arriver avec Mais le fleuve tuera l’homme blanc, de Patrick Besson.

Je ne connaissais pas Patrick Besson, mais mon goût pour l’Afrique m’avait attiré vers le titre. Les commentaires entendus sur le dernier livre de Patrick Besson, Le Plateau télé: Chronique du temps passé devant la télévision, tiré des ses critiques dans Le Figaro, avaient, de leurs côtés, réveillés mon attention.

Aucune déception, donc, à la lecture, de découvrir, à la fois, un polar, un histoire politique, et le style de Patrick Besson.

Entre Congo (Brazzaville) et République Populaire du Congo (ex-Zaïre, Kinshasa), ces deux ex-colonies, respectivement Française et Belge, l’auteur revient sur une page de l’histoire africaine de ces 20 dernières années et le rôle de la France, au travers de ses quatre personnages, un coopérant spécialiste du pétrole, un conseiller des présidents africains, une expatriée russe installée depuis longtemps, et une ex-agente des services secrets français, ainsi que tous les acteurs noirs qui gravitent autour d’eux

Patrick Besson réussit à décrire le particularisme de l’homme blanc qui a choisi (?) l’Afrique, en même temps que la réalité d’une Afrique multiple. Cette opposition entre les blancs et noirs, entre l’individualisme et l’argent d’un côté, et la multitude et la débrouille de l’autre,est fondamentale. On la retrouve dans Combat de Nègre et de Chiens, la pièce de Bernard-Marie Koltès, revue récemment dans une mise en scène impeccable au Théâtre de La Coline  à Paris.

Le livre est-il construit sur cette dualité : entre les 2 pays, entre 2 capitales, entre 2 rives du fleuve Congo, entre blancs et noirs, entre hommes et femmes, entre 2 ethnies, hutus et tutsies ? Je ne saurai dire.

En tout cas, en remettant en perspective l’origine du conflit et du génocide qui a opposé les Hutus et les Tutsis, c’est à une nouvelle compréhension de l’Histoire récente que nous amène Patrick Besson. Le détailler ici, le remettre en perspective de ce qu’on sait du Rwanda, ferait perdre une partie de la richesse du livre.

A lire donc, avec l’esprit curieux


Mais le fleuve tuera l’homme blanc

Patrick Besson. Points 2010, Poche, 504 pages, € 4,58


Le Plateau télé

Patrick Besson. Fayard 2010, Broché, 999 pages, € 19,00


Combat de nègre et de chiens. (suivi des) Carnets

Bernard-Marie Koltès. Editions de Minuit 1990, Broché, 125 pages, € 10,50

Cécité

Éditorial surréaliste d’Eric Fottorino dans Le Monde daté du 14 octobre 2009 à propos de la candidature de Jean Sarkozy à la présidence de l’EPAD.

Si la tonalité de l’article est assez conforme à ce que je pense de l’indécence de cette candidature, la conclusion laisse rêveur sur les dérives (passées ?) du Monde :

Quel brouillage d’image, quel gâchis pour un président épris de réformes et de modernité ! Où est passé le candidat Sarkozy qui vantait avec conviction en janvier 2007 « la République irréprochable » ?

Sans rire ?!? Qui a pu douter que le discours du candidat n’était que de façade et destiné à séduire un électorat qui n’était ni acquis, ni déjà séduit ? Un discours uniquement réduit a la fonction de ringardiser la gauche, à contrer la modernité de son candidat (je rappelle que mon candidat était Dominique Strauss-Kahn).

Apparemment, Le Monde s’y était laisse prendre !

Recommencements

Peut-on encore faire une note sur le film Parlez-moi de la pluie d’Agnès Jaoui, plusieurs mois après sa sortie en salle ?

Oui, car il faut parler de ce film quand on aime la politique, le cinéma, la littérature et les gens.

Ceux qui ont l’amabilité de venir de temps en temps lire une note sur Mon Président savent bien ce blog ne parle que de cela, de la politique, du cinéma, de littérature et des gens !

Fraichement entrée en politique et parachutée dans sa région natale au nom de la parité, Agathe Villanova (Agnès Jaoui) renoue avec un passé qu’elle avait tenu éloigné, sa sœur Florence et sa vieille nourrice algérienne, Mimouna, et le souvenir de leur mère, morte depuis un an. Elle est interviewée, pour un documentaire sur les femmes qui ont réussi, par Karim (Jamel Debbouze), le fils de sa nourrice et Michel Ronsart (Jean-Pierre Bacri), lequel est amoureux de la soeur d’Agathe.

Loin d’un vaudeville, le film dresse par petites touches le portrait et la complexité de chacun des personnages.

Politique, parce que le film montre une certaine réalité de la vie d’un responsable politique, avec ses doutes, ses contraintes, le regard des autres, l’incompréhension souvent.

Cinéma et littérature, car loin d’un film d’action, c’est par de petites scènes construites sur presque rien que se dessinent les personnages et leur évolution.

Les gens, car il faut justement les aimer beaucoup pour faire sentir la complexité qui les animent et ne pas les caricaturer. Aucunes des situations, aucunes des transformations qui concluent le film ne sont artificielles, justement grâce à cette humanité qu’a su installer Agnès Jaoui.

Et ce qui ne gâche rien, on rit beaucoup, aussi bien de l’insolence de Jamel Debbouze, que de la balourdise de Jean-Pierre Bacri ou du désarroi de Agnès Jaoui.

Parlez-moi de la pluie … ou du beau temps car les jours succèdent aux jours et tout recommence, et tout continue.


Parlez-moi de la pluie

Jean-Pierre Bacri (Interprète principal). Studiocanal 2009, DVD, € 4,70

Pouvoirs

(En)jeux de pouvoirs dans Jeux de Pouvoir, de Kevin MacDonald, avec Russell Crowe et Ben Affleck.

Sur fond de l’enquête de deux journalistes, l’un à l’ancienne, cubicle encombré, enquête de fond, alcool et grisaille de la vie, l’autre jeune, blogueuse, connectée et avide de scoop, le film aborde à la fois la transformation des qutotidiens et de leur modèle économique, les contraintes de la rentabilité à tout prix, le pouvoir et la corruption des lobbies militaires et la privatisation des contrats de sécurité, la responsabilité individuelle face à la responsabilité collective.

On peut certainement critiquer tels ou tels aspects de ce film qui reste dans la lignée des films policiers américains, mais il faut reconnaître la capacité des américains à utiliser l’actualité immédiate dans un film, notamment des thèmes peu fréquents comme la liberté de la presse et la nécessite d’une presse d’investigation face a la puissance de l’argent et la délégation de la sécurité intérieure et extérieure à des sociétés de mercenaires privés.

Malgré la diversité des sujets, le film, tiré d’une série anglaise, State of Play, tient le suspense pendant 2 heures.


Jeux de pouvoir

Russell Crowe (Interprète principal). Studiocanal 2009, DVD, € 4,50


State of play – Jeux de pouvoir

David Morrissey (Interprète principal). Koba Films 2006, DVD, € 20,00

Filiation

Malgré mon intérêt, j’avais boycotté le livre sur la présidentielle de Sarkozy, L’aube le soir ou la nuit, de Yasmina Reza. Non à cause du livre lui-même, mais pour ne pas cautionner ce président que je récuse en ajoutant à sa victoire électorale un succès de librairie.

2 ans après, l’occasion de sa sortie en poche me permet de le lire sans honte.

Quelle déception ! Certes, je suis dans une période Emmanuel Carrère, mais quand je pense a ce qu’il aurait pu faire du personnage de Sarkozy, et que n’a pas su rendre Yasmina Reza …

Non qu’elle passe à côté de son sujet, mais son style est lourd, sans cette empathie humaine que Carrère sait mettre.

J’avais aime Art au théâtre, peut-être grâce aux acteurs, Arditi, Lucchini et Vaneck. En les lisant, j’avais détesté la noirceur de Une désolation, et apprécié l’inéluctable du Dieu du carnage.

Dommage que cette proximité de Sarkozy n’est pas donne lieu à un texte mieux écrit. Mais, finalement, est-ce peut-être pour cela qu’il a accepté ?

Que retenir : le côte enfantin du personnage, sa volonté de gagner, son égocentrisme, son besoin de séduire ?

Pour faire bonne mesure, peut-être faudrait-il lire 20 000 euros sur Sego de Christophe Donner ? Mais c’est trop dur …


L’aube le soir ou la nuit

Yasmina Reza. J’ai lu 2009, Poche, 149 pages, € 3,10


« Art »

Yasmina Reza. Magnard 2002, Poche, 128 pages, € 4,93


Le dieu du carnage

Yasmina Reza. ALBIN MICHEL 2007, Broché, 128 pages, € 13,00


20 000 euros sur Ségo !

Christophe Donner. Grasset & Fasquelle 2009, Broché, 246 pages, € 5,00