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Humanité

Que reste-t-il quand il ne reste plus rien ?

L’Homme, l’être humain.

De 2012 à La Route, le cinéma américain s’est à nouveau saisi de la thématique du cataclysme qui détruit l’espèce humaine, pratiquement en totalité.

On peut constater d’ailleurs, qu’au fil du temps, le nombre de morts augmente : l’hémisphère Nord dans Le Jour d’Après (déjà de Roland Emmerich en 2004), quelques zones américaines et d’Europe du Nord dans Deep Impact en 1998.

Quel que soit le traitement, grand spectacle pour 2012 ou émotion pour La Route, le message reste le même : quel que soit l’horreur, quels que soient les risques, il faut garder son humanité intacte, pardonner et faire de la conscience d’autrui le socle fondateur du renouveau, faire partie des « gens biens ».

Dans une thématique similaire, la fin du monde, Prédictions de Alex Proyas, s’en remet lui à un extra-terrestre pour préserver l’humanité après la fin du monde dans une parodie de Paradis. Les dernières minutes du film sont d’un risible achevé, …, passons.

Faut-il bouder son plaisir et éviter l’un comme l’autre ?

Les 2h40 de 2012 peuvent faire peur, a priori, mais passent plutôt bien. Certes, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, et donc la belle famille américaine est sauvée et de nouveau réunie dans son intégr(al)ité (en supprimant par facilité le gênant et héroïque nouveau mari de l’héroïne) et le méchant (milliardaire russe) devra mourir nous sans avoir accompli lui aussi un geste spectaculaire, celui de sauver l’un de ses (obèses et stupides) rejetons, et le (scientifique) sauveur du monde saura séduire l’accorte et consciente fille (orpheline) du président des Etats-Unis. C’est du grand spectacle, avec suspense, inscrit dans l’air du temps (les chinois sauvent la planète en échange de rien) mais cela marche et c’est bien fait. Autant aller s’inspirer des débats moraux du film (jusqu’où peut-on aller pour cacher une vérité, qu’est-ce qui est autorisé pour éviter le chaos et l’anarchie ?) au cas où une situation similaire survenait.

De son côté, la lecture préalable du roman La Route de Cormac McCarthy pouvait faire craindre le pire quand à son adaptation cinématographique. Et, de fait, le résultat est mitigé. Par moment, l’atmosphère de désolation du livre est assez bien rendue par des décors de destruction et des paysages ravagés. Cependant, ce qui est suggéré dans le livre par les mots, est bien trop présent à l’écran. Alors que la couleur dominante du livre est le gris, la couleur, notamment le rouge, est par trop présente dans le film. Enfin, et ce sera mon reproche majeur, alors que le livre est aussi un roman d’apprentissage où le père transmet à son fils les clés pour qu’il survive en gardant sa force intérieure, et que celui-ci le ramène sans cesse à son humanité, aux limites de ce qu’il est bon de faire, le film ne parvient pas à rendre cet échange entre le père et le fils, probablement pas à cause des acteurs, que par la faute d’une mise en scène peu inspirée et qui cède, ici trop facilement, aux canons de la filmographie américaine.

affiche du film La Route
affiche du film La Route

Pouvoir

J’avais rédigé il y a quelques mois une note sur Les Falsificateurs d’Antoine Bello en disant mon enthousiasme de cette idée d’un consortium de falsification de la réalité (CFR) qui modifie légerement et adroitement certains faits pour faire avancer un dossier.

Quelle motivation peut-il y avoir à consacrer des sommes importantes et l’énergie de ses agents à défendre la cause d’une peuplade aborigène injustement opprimée pour le profit de ceux qui exploitent ses richesses ou d’inventer une espèce rare de crustacé afin de protéger son environnement de la pollution industrielle ?

La suite, intitulée Les Eclaireurs, est plus ouvertement politique. Elle commence par l’examen de la candidature du Timor-Oriental aux Nations-Unies et permet de démontrer la compétence et l’efficacité des méthodes du CFR. Elle se poursuit avec les attentats du 11 septembre 2001 et la préparation de la guerre contre l’Irak.

Quel est le rôle du CFR ? Quelle est sa finalité ? Quelles sont ses motivations ? Quel est le droit qui justifie de modifier la réalité ?

Difficile de répondre à ces questions sans dévoiler la fin du livre.

Ce qui est fascinant dans le livre de Bello, c’est l’évidence de la foi en l’homme, dans le respect du libre-arbitre face a une responsabilité collective.

Si la notion d’honnête homme existe encore, ceux qui s’en réclame sauront après avoir lu le livre de Bello qu’ils ont raison et qu’ils portent les espoirs du monde de demain.