Archives de catégorie : Présidentielle 2007

Filiation

Malgré mon intérêt, j’avais boycotté le livre sur la présidentielle de Sarkozy, L’aube le soir ou la nuit, de Yasmina Reza. Non à cause du livre lui-même, mais pour ne pas cautionner ce président que je récuse en ajoutant à sa victoire électorale un succès de librairie.

2 ans après, l’occasion de sa sortie en poche me permet de le lire sans honte.

Quelle déception ! Certes, je suis dans une période Emmanuel Carrère, mais quand je pense a ce qu’il aurait pu faire du personnage de Sarkozy, et que n’a pas su rendre Yasmina Reza …

Non qu’elle passe à côté de son sujet, mais son style est lourd, sans cette empathie humaine que Carrère sait mettre.

J’avais aime Art au théâtre, peut-être grâce aux acteurs, Arditi, Lucchini et Vaneck. En les lisant, j’avais détesté la noirceur de Une désolation, et apprécié l’inéluctable du Dieu du carnage.

Dommage que cette proximité de Sarkozy n’est pas donne lieu à un texte mieux écrit. Mais, finalement, est-ce peut-être pour cela qu’il a accepté ?

Que retenir : le côte enfantin du personnage, sa volonté de gagner, son égocentrisme, son besoin de séduire ?

Pour faire bonne mesure, peut-être faudrait-il lire 20 000 euros sur Sego de Christophe Donner ? Mais c’est trop dur …

Bipolarisation

Le résultat de l’élection présidentielle nous mène vers une bipolarisation du système politique français.

Avec d’un côté, un pôle de droite hégémonique autour de l’UMP agrémenté d’un groupuscule centriste totalement inféodé qui survivra aussi longtemps qu’il faudra sauver la face. Dans cette perspective, le FN avec la disparition de son leader historique et la reprise de ses thématiques par Sarkozy descendra autour de 7% et ne représentera qu’un pôle contestataire de la droite nationale chrétienne ou raciste.

La question qui nous est posée est de choisir la configuration équivalente pour la gauche.

Certains souhaiterait que l’émancipation social-démocrate de Dominique Strauss-Kahn conduise à une alliance centriste avec Bayrou, ce qui libérerait le champ à une gauche anti-libérale regroupant la gauche du PS sous l’égide de Laurent Fabius, une partie des Verts, le reste du PC et les alter-mondialistes avec José Bové. Ce mouvance cherche encore comment intégrer l’extrême-gauche et, particulièrement, la LCR, car son refus de gouverner obèrerait la crédibilité de ce mouvement anti-liberal.

S’il paraît séduisant aux tenants du pôle anti-libéral parce qu’il permettrait de marquer clairement la césure avec les sociaux-démocrates (coupable de s’allier avec le centre) et de rassembler tous les opposants à cette démarche, ce scenario ne me paraît pas tenir la route.

D’abord parce que pour qu’il y ait alliance avec Bayrou, il faudrait qu’il y ait volonté de la faire. Ce n’est bien sûr pas la volonté de DSK, ni, surtout, celle de Bayrou. Qui peut dire aujourd’hui ce qu’il restera du Mouvement Démocrate à l’issue des Législatives et avec les municipales en perspective? Trop de centristes doivent leur existence politique locale à l’UMP pour qu’un changement d’envergure puisse avoir lieu rapidement.

Pourtant, la période actuelle est propice à une recomposition du fait des lois de financement des partis politiques. La dotation de l’Etat dépend à la fois du nombre de candidat présentés aux législatives et du nombre de députés. Si une scission permettrait, l’année suivante, de redéfinir la dotation liées aux députés qui auraient rejoint la nouvelle organisation, la manne issue des candidatures resterait au parti d’origine (sauf accords particuliers difficilement imaginables). C’est donc maintenant qu’il faudrait proposer une nouvelle étiquette et fédérer un bloc cohérent de gauche.

Bien évidemment, ce scenario nécessite du temps.

Quels pourraient être néanmoins les contours politiques et l’organisation de ce bloc de gauche ?

C’est autour des valeurs social-démocrates, européennes et écologistes qu’il doit s’organiser sans ambiguités. Est-il pour autant d’essence libérale ? Oui, dans la mesure où il ne se définit pas par une remise en cause globale de notre système économique. Cela n’exclut pas cependant la mise en place de mécanismes de régulation visant à un meilleur contrôle de la diversité des financements et des participations dans certains domaines clés comme le droit à l’information, la gestion des matières premières (eau, électricité, énergies, …), le développement économique (accès au crédit pour les entreprises et les particuliers, notamment).

C’est dans la pratique social-démocrate de la négociation et la régulation que tous ceux qui veulent donner de la respiration à notre système économique trouveront les moyens d’exprimer et de mettre en oeuvre une vision différente. C’est pourquoi je ne pense pas qu’il soit antinomique avec certaines valeurs anti-libérales.
C’est pourquoi ce bloc de gauche ne doit pas s’enfermer dans une logique de scission entre sociaux-démocrates et anti-libéraux, mais, au contraire, permettre le dialogue et les passerelles. Ce bloc doit être avant tout une fédération qui permettre, à la fois, l’action commune et une expression spécifique de ses composantes. Il ne faut pas oublier que la rénovation de notre système politique doit aussi s’appuyer sur l’implication des acteurs sociaux (syndicats, par exemple) ou associatifs (ONG, notamment) qui doivent pouvoir trouver dans cette fédération des relais d’expression politique à leur action spécialisée.

La construction de cette fédération de gauche ne se fera pas décret. Mais, elle nécessite quelques conditions.

Le Parti socialiste ne peut pas en être le centre. Résultant d’une histoire longue et ancienne, il recèle aujourd’hui trop de contradictions et trop de compromis pour être un moyen efficace de rassembler ceux qui sont à l’extérieur.

C’est au-delà du Parti socialiste qu’il faut créer cette fédération. En acceptant, au moins à court terme, la double-appartenance avec les organisations actuelles.

Est-ce possible ?

Je le crois. Avec un peu de volonté, en 3 semaines, autour de Dominique Strauss-Kahn, de Dominique Voynet, et de quelques autres personnalités, sur la base d’une charte social-démocrate, sans renier son parti d’origine, mais en s’affichant au nom de cette alliance, et surtout en la portant sur le plan du financement des partis politiques, un grand nombre de candidats aux élections législatives pourraient fédérer une alernative social-démocrate à la droite et à Nicolas Sarkozy.

Ceci jetterait les bases de ce bloc de gauche que j’appelle de mes voeux.

La prise de l’Elysée

france3

Drôle d’impression ce soir à la vision du documentaire de Serge Moati sur l’élection présidentielle.

Qui de Vincent Peillon, Arnaud Montebourg ou Claude Bartolone y croyait vraiment, à la victoire de Ségolène Royal ?

Parmi plusieurs exemples, celui-ci : après un morceau d’anthologie où André Vallini, maire de Grenoble, glisse à Vincent Peillon qui s’ennuie, qu’en politique, il faut savoir beaucoup s’emmerder, et que ceux qui gagnent sont ceux qui savent s’emmerder le plus longtemps, Vincent Peillon, à l’issue de la réunion publique part dans une critique définitive des débats participatifs. Il est effaré de voir les intervenants se limiter à des questions personnelles ou de détail, sans vision englobante de la société. La politique, ce n’est pas l’assistance sociale, et qu’il ne peut y avoir de réponses à tout.
Laissons le mot de la fin à Claude Bartolone : « Voilà, elle fait un discours sur la tactique, il fait un discours de président. C’est tout ce qui nous aura manqué dans cette campagne ! ». (c’est peut-être approximatif mais l’idée y est).

Sarkozy dans le texte

Au milieu de son premier discours, après le miel du rassemblement, ces mots :

Le peuple français s’est exprimé. Il a choisi de rompre avec les idées, les habitudes et les comportements du passé. Je veux réhabiliter le travail, l’autorité, la morale, le respect, le mérite. Je veux remettre à l’honneur la nation et l’identité nationale. Je veux rendre aux Français la fierté d’être Français. Je veux en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi, et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres.

No Comment.

Et maintenant ?

Nicolas Sarkozy a gagné cette élection présidentielle.

Le score est sans appel.

Connaissant les dangers de la politique de Sarkozy et de l’instinct de revanche qui l’anime depuis des années, nous devons entrer en résistance et préparer l’avenir.

Ceci doit se faire dans le calme et dans la dignité. Des mouvements de révolte ne peuvent que faire le jeu de Sarkozy et de la droite. Ce serait un prétexte pour Sarkozy de limiter nos libertés et frapper d’ostracisme certaines catégories sociales ou certaines populations.

Au-delà, c’est l’avenir de la gauche et de la social-démocratie qui doit nous préoccuper. Sur quelles bases, avec quelles organisations, autour de quels leaders allons-nous nous retrouver pour proposer une alternative ?

Dominique Strauss-Kahn et ses équipes ont apporté dans les primaires une dimension qui aura manqué ensuite. C’est autour de lui que doit se construire un nouveau socialisme.

Choix

J’ai souvent été critique à l’égard de Ségolène Royal. Et le discours de Charlety m’avait encore laissé sur ma faim (quand je connais les répliques par coeur, je me dis qu’il faudrait peut-être un peu plus).

Pourtant, après le débat de ce soir contre Sarkozy, c’est sans hésitation ni état d’âme que je voterai POUR Ségolène Royal et non CONTRE Sarkozy.

Non seulement Sarkozy n’a pas été bon, toujours à interrompre Ségolène Royal et pathétique chaque fois qu’il jouait au gentil ou qu’elle n’était pas d’accord avec lui, mais Ségolène Royal était si convaincante, convaincue, enthousiaste que même ses approximations étaient acceptables.

Bref, Sarko donnait l’image d’une France négative, recroquevillée, défensive, et Ségolène Royal, celle d’une France positive, volontaire, dynamique.

Bravo Ségolène pour ce débat !

Vote utile

Je rejette définitivement cette thématique du vote utile qui voudrait, au nom de ce principe et après le traumatisme du 21 avril, qu’on vote les yeux fermés pour un candidat.

Désolé, mais NON !

On a déjà voté Chirac pour ne pas avoir Le Pen (et on a vu le résultat), il faudrait maintenant voter pour ne pas avoir Sarko.

Les mêmes maux produisant les mêmes effets, si la campagne était entrainante, mobilisatrice, les sondages ne laisserait pas place à l’incertitude. Jospin n’a pas su traduire l’aspiration de la société en 2002 alors que sa personne, son bilan étaient reconnus. Ségolène Royal n’a pas mieux réussi.

Avant de fermer les yeux sur cet échec, il faudrait commencer à en analyser les raisons. On ne peut pas le passer par pertes et profits.

SR a voulu une campagne qu’elle assumait seule. Son résultat sera le sien. Le vote utile n’est pas une thématique. (pas plus d’ailleurs que le drapeau et l’hymne national).

Il reste 18 millions d’indécis. A une semaine du 1er tour, c’est beaucoup et cela traduit un désarroi des électeurs. Je ne crois pas que cela se traduira pas une abstention massive. Mais le 1er tour réserve encore des suprises.

Too close to call

Et si le scenario américain de Al Gore se reproduisait en France ?

C’est le thème de 2 chroniques trouvées sur AgoraVox, le média citoyen.

Dans 28 avril 2007, le Conseil constitutionnel annule le premier tour des présidentielles, Bernard Dugué imagine que le conseil constitutionnel annule le premier tour car, les résultats étant trop proches, la diffusion de sondages sortie des urnes avant la fin du scrutin peut avoir influencer le résultat.

Dans 22 avril 2007, Guy Birenbaum imagine lui que les télés sont dans l’incapacité de fournir une estimation à 20h00 et qu’il faut attendre le lendemain midi pour que les 2 candidats du 2ème tour puissent être désignés.

Politique Fiction ?

Président

Dans une des premières notes de ce blog, malheureusement perdue suite à une fausse manip, j’expliquais tout le bien que je pense de la série américaine The West Wing (A la Maison Blanche en français).

Je conseille vraiment à tous ceux qui s’intéressent à la politique de regarder la saison 6 et notamment l’épisode intitulé Freedonia. Pour exister dans la campagne, le candidat doit-il respecter les règles du jeu qui veulent que l’on critique frontalement son adversaire, qu’on dénigre ses idées sans aucune mesure, qu’on dise à l’électeur ce qu’il veut entendre au détriment de ses propres convictions, qu’on diffuse des publicités négatives contre son adversaire ?

Le choix : accepter les règles ou disparaitre de la campagne et perdre ses chances de faire valoir ses idées ultérieurement.

L’intelligence de The West Wing est de ne choisir aucune de ces deux mauvaises solutions. La série, depuis le début, et malgré l’impact du 11 setmebre 2001 sur sa diffusion et les thématiques qu’elle a eu à adresser, a toujours su préserver l’intelligence de la Politique, servie par un président démocrate.

Le candidat démocrate choisit la franchise, la morale et une approche directe des problèmes qui attire l’attention des medias par son côté inhabituel et le remet dans la course des primaires.

Pourquoi parler de cela ici ?

Cette note aurait dû commencer ainsi : je suis français et je respecte mon pays, mais la drapeau et la marseillaise tous les matins au petit déjeuner, ce n’est pas ma tasse de thé.

Seulement, il y a tellement de gens qui me disent que Ségolène Royal est le seul rempart contre Sarkozy, que cela vaut la peine de réfléchir. Et si elle avait raison ? Et si, pour gagner, il fallait séduire avec un discours sur l’odre (juste), l’autorité, les valeurs, le drapeau, la nation, … ? S’il fallait faire chanter la Marseillaise au PS ?

Voilà ce qui nous ramène à The West Wing. Faut-il flatter l’électeur de droite dans le sens du poil pour gagner ?

Ségolène Royal devrait regarder The West Wing. Elle saurait qu’on en gagne rien à ce jeu-là. En gagnant à droite, elle méprise à gauche.

Je fais probablement partie de cette bande d’intellectuels de l’Ouest parisien qui ne savent rien des attentes des électeurs de banlieue et de province. Je fais surement partie de ceux qui ont une vision intellectuelle de la politique.

Tant pis. Le dinosaure que je suis ne veux pas perdre son âme à courir derrière Sarko. Et si, demain, je dois le combattre, se sera de face, frontalement !

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