Archives de catégorie : international

Vie 2

Avec la fin de la trève à Gaza, se termine aussi le fantastique reportage de Arte à Gaza et à Sderot. 40 émissions tournées en territoire palestinien à Gaza et, juste à côté, à Sderot en Israël.

Il faut revoir l’intégrale de ces tranches de vie de 2 mn 30 depuis le 26 octobre sur de site de l’émission : http://gaza-sderot.arte.tv.

Le 23 décembre, le mot de la fin de chacun des personnages :

A Gaza

A Sderot

De l’espoir à Gaza et des inquiétudes à Sderot.

Malheureusement, il n’y a probablement plus d’espoir à Gaza aujourd’hui.

L’atout qu’avait Chirac

La politique, ce n’est pas que coups bas et compagnie.

Une preuve dans cette chronique Géopolitique de Bernard Guetta sur France-Inter le 21/02/2007.

mercredi 21 février 2007

L’atout qu’avait Chirac

France-Inter le disait hier. Entre le vrai début de la campagne présidentielle et les derniers actes de son propre mandat, l’heure du bilan sonne pour Jacques Chirac. A gauche, à droite, ailleurs, chacun y va de son jugement. Sur la politique intérieure, l’économique, le social, l’Histoire tranchera, mais il est un point sur lequel l’hommage s’impose.

Ce début de siècle sera marqué par la guerre d’Irak. Pour de longues années encore, elle est l’événement déterminant de ces temps. Pour les chefs d’Etat, les hommes et les partis politiques, les intellectuels et la presse, elle aura été un test. Il y a ceux qui avaient vu juste et les autres et ce test, Jacques Chirac l’a passé.

Il l’a passé haut la main car il n’a pas seulement pressenti et dit ce qu’allaient être les conséquences de cette intervention militaire, le déchirement de ce pays, le développement du terrorisme, la montée en puissance de l’Iran, le bouleversement régional qu’impliqueraient l’arrivée au pouvoir des chiites à Bagdad et le réveil consécutif de la rivalité entre les deux branches de l’Islam.

Non seulement il avait mis en garde contre tout cela et ardemment tenté de convaincre les Américains de renoncer à cette folie mais, quand il fut clair que rien n’ébranlerait Georges Bush, il eut aussi le courage – il en fallait – d’essayer de mobiliser le monde contre cette aventure.

C’est largement grâce à lui que cette guerre n’est pas devenue – ce qui aurait été bien plus grave encore – un affrontement entre la chrétienté et l’islam et c’est pour ces raisons, courage et lucidité dans une crise internationale gravissime, que l’hommage, sur ce point, oui, s’impose.

Cela étant dit, reste une question. Comment se fait-il que cet homme qui a tellement changé d’opinions sur tant de sujets et que seule la conquête du pouvoir a semblé si longtemps intéresser ait pu montrer, là, tant de conviction et de détermination ? Sans doute est-ce avant tout que Jacques Chirac, au terme d’une carrière politique entamée il y a plus de quarante ans, avait pour lui ce qui fait le plus horreur aujourd’hui : la longévité.

En France comme ailleurs, l’époque déteste les indéracinables, les insubmersibles, ces figures que l’on a toujours vues parce qu’on a vieilli avec elles ou qu’on est né sous elles.

L’époque aime la nouveauté. C’est son droit, c’est un fait mais, contrairement aux novices, aux Berlusconi, Aznar ou Bush, contrairement à Tony Blair qui amorce la dissolution de son armement d’Irak, les vieux routiers ont l’avantage d’avoir une mémoire, un savoir, une expérience, de connaître le monde, de pouvoir faire la différence, tenez, entre un chiite et un sunnite ou de ne pas ignorer, détail d’importance, que les Turcs et les Iraniens ne sont pas des Arabes avec lesquels, sur les cinq continents, ils ne sont pas précisément en bons termes. Il arrive que cela serve et cette époque pourrait finir par regretter un jour d’avoir pour dirigeants des hommes un peu trop verts.

Bernard Guetta, France-Inter

Retrouvez cette chronique sur le site de France-Inter

Proche-Orient

En voulant revenir sur l’évolution du conflit au Proche-Orient, j’ai commencé par vérifier si Dominique Strauss-Kahn avait publié un message sur cette question. Il l’a effectivement fait le 18 juillet 2006, ici : http://www.blogdsk.net/dsk/2006/07/proche_orient_s.html

En résumé, la position de DSK est la suivante :

Il sépare l’intervention militaire israélienne dans la bande de Gaza (liée à la capture d’un soldat par le Hamas) de l’action militaire au Liban (liée à la capture de 2 soldats par le Hezbollah).

Pour proposer une voie pour sortir de la crise, il met en avant les principes suivants :

1. Libération des otages détenus par le Hezbollah. Instauration d’un cessez le feu.

2. Israël doit montrer de la retenue parce que le Liban ne peut pas évoluer sous la pression.

3. La résolution 1559 sur le désarmement des milices armées au Liban doit être appliquée.

Il appartient aux autorités libanaises de faire le point sur la participation du Hezbollah au gouvernement libanais.

4. Les différentes nations du G8 et l’Union européenne doivent transmettre ce message aux différentes parties prenantes.

La situation au Liban ne peut faire oublier celle de Gaza même si elle est de nature différente. Israël doit être invité à cesser son action militaire et le Hamas doit reprendre le processus de reconnaissance d’Israël qui a été entamé et assurer la libération du soldat prisonnier.

Comme on peut s’y attendre, le nombre de commentaires à ce message est impressionnant. Miracle ou effet pervers de l’expression directe, des centaines d’opinions divergentes s’expriment au point, certes, qu’on perd un peu le fil si on ne lit pas dans le détail tous les commentaires en notant précieusement le nom de leur auteur, mais avec l’impression, qu’au fil de la lecture, sa propre conception s’affine, se précise, ce qui est bien la vertu première du débat et, donc, de l’intérêt des blogs.

Je ne ferai pas un commentaire des commentaires, mais je me permettrai de prolonger les propositions de DSK par mes propres réflexions.

  1. D’abord, un rappel que je crois important : DSK croit, et je partage totalement cet opinion, au tropisme méditerrannéen de l’Europe et à la nécessité pour celle-ci d’inclure la totalité des pays en bordure de la Méditerrannée, donc y compris Israël et le Liban dans sa zone d’influence. Cela veut dire que l’Europe peut et doit être partie prenante du réglement du conflit, rôle que remplit aujourd’hui Javier Solana
  2. Dans un conflit, il y a une phase qui consiste à le suspendre puis, une fois qu’il est suspendu, une phase qui consiste à le régler
  3. Plus un conflit est ancien et moins on peut croire qu’on reviendra au status quo ante
  4. Pour trouver une solution, quels que soient les torts respectifs des belligérants (sauf en cas de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, probablement), la solution ne peut se trouver que si elle prend en compte les revendications de chacune des parries et permet de trouver un équilibre pour interrompre le conflit, avant de penser à sa résolution.

Après ces évidences, qu’il est toujours bon de rappeler, une autre série de réflexions sur les parties en présence :

  1. Israël est pays qui s’est construit dans la douleur et le conflit. L’histoire du peuple juif est une histoire de souffrance et de déracinement.
  2. Israël aspire légitimement à vivre en paix et en sécurité. Les israéliens veulent pouvoir profiter de la prospérité qu’ils se sont construites.
  3. Les palestiniens ont acquis le droit à un territoire, et, à terme, le droit à en faire un Etat libre et indépendant.
  4. Les territoires de Palestine ont besoin de construire une administration, une force de sécurité et de se développer économiquement. Ils doivent pouvoir le faire sans entrave et, pour cela, disposer des infrastructures et des ressources naturelles de la terre qui est la leur ou qu’ils partagent avec Israël.
  5. Le Liban est un pays, riche de sa culture et de ses ressortissants, qu’ils habitent au Liban ou fassent partie de sa diaspora.
  6. Le Liban a souffert pendant des années de l’ingérence, de l’occupation ou de la guerre. Il doit impérativement se reconstruire en tant qu’Etat pour équilibrer, avec l’Egypte et la Jordanie, la région autour d’Israël.

Les propositions de DSK, qu’on a rappelé plus haut, visent à suspendre le conflit en en supprimant certaines causes. Elles sont équilibrées en ce sens qu’elles exigent des actes de toutes les parties, y compris de la communauté internationale.

Pour ma part, je les complérerai de quelques propositions :

Le premier pas, le plus impératif, est la reconnaissance d’Israël par le gouvernement palestinien. Pourquoi demander d’abord un pas aux palestiniens, plutôt qu’aux israéliens ? Parce que l’Etat d’Israël existe et qu’il ne disparaîtra pas. En reconnaître l’existence n’est ni un acte de bravoure, ni un renoncement, c’est prendre acte d’un fait, d’une réalité.

Ce doit être le premier pas, parce que, de cette avancée, on peut ensuite exiger beaucoup d’Israël. Israël est un état démocratique, une puissance militaire, économique et politique. En éteignant, par la reconnaissance, sa principale revendication, la communauté internationale sera en droit d’obtenir, en retour, des avancées significatives pour les palestiniens et au-delà, pour l’ensemble du Proche-Orient.

La communauté internationale doit, d’une manière ou d’une autre apporter, des garanties aux palestiniens que ce premier pas qu’ils feront sera soutenu pour obtenir d’Israël le pas suivant.

Parce que je crois que le développement économique et politique de la Palestine est essentiel, il me semble que la garantie que doit apporter la communauté international doit viser à mettre en place (et surtout à restaurer) l’administration dans les territoires et les infrastructures. Cela doit doit se faire par l’injection d’argent et la mise en place d’une assistance à la reconstruction de l’administration. Une contrôle de la communauté internationale est nécessaire pour que la transparence soit de mise dans l’utilisation des fonds mis à disposition.

En échange, le deuxième pas, celui d’Israël, doit être la restauration de la libre circulation, du libre accès aux ressources naturelles, et, surtout, la fin des entraves au développement économique de la Palestine. Là aussi, l’appui et le contrôle de la communauté internationale sont nécessaires.

Pour que ces deux changements soient possible, il faut que la confiance s’instaure entre les deux parties. C’est pourquoi il faut que la communauté internationale soit garante de la sécurité des zones potentielles (ou avérées en ce moment) de conflit : les territoires et le Sud-Liban. C’est pourquoi je suis favorable à l’envoi d’une force armée de l’ONU dans ces deux zones avec un mandat clair : instaurer la sécurité par le désarmement des milices armées non gouvernementales en parallèle du déploiement progressif de la force de sécurité palestinienne dans les territoires et de l’armée du Liban au sud du pays.

Une fois ces premiers acquis, et nous ne leurrons pas, s’ils paraissent simples et évidents à nous autres européens, ils coûteront beaucoup diplomatiquement et politiquement à ceux qui les feront. Mais, soutenus par la communauté internationale, ils permettront de se rapprocher d’une solution du conflit, solution qui avait été bien près, je veux le croire, d’aboutir sous l’égide des Etats-Unis d’Amérique à la fin de la présidence de Bill Clinton.

Note : il est impératif de lire le livre de Charles Enderlin, Le Rêve brisé : Histoire de l’échec du processus de paix au Proche-Orient (1995-2002), sur ces négociations.

C’est à ce moment qu’il sera temps d’aborder les questions de fond comme le statut de Jérusalem (dont je crois qu’il ne peut être qu’administré par une force internationale et garantit par une assemblée multiconfessionelle).

Le Rêve brisé : Histoire de l'échec du processus de paix au Proche-Orient (1995-2002)

Pour compléter cette note, je vous conseille la lecture de 3 extraits du livre de DSK, 365 jours, journal contre le renoncement sur le Proche-Orient  :