Archives de catégorie : Coup de gueule

Mise au point

Un lecteur fidèle de ce blog noterait plusieurs changements :

  • les mises à jour sont peu fréquentes
  • l’image qui se trouvait à droite représentant Hollande remerciant les électeurs après la présidentielle a disparu
  • on ne s’est pas précipité comme on a pu le faire en d’autres occasions pour soutenir une politique, défendre un home ou donner des leçons de morale

Effectivement, les temps ont changé. Je n’ai jamais été un grand fan de  Hollande et mon soutien de 2012 l’a été du bout de lèvres (j’ai fait le job, quoi).

Il est temps de dire aujourd’hui que je ne peux plus cautionner, d’une manière ou d’une autre, la façon dont sont conduites les affaires de la France par la présidence actuelle. Quelles qu’en puissent être les raisons, et peut-être y en a-t-il de bonnes, le défaut de hauteur, le défaut d’explications, les maladresses et erreurs permanentes ne peuvent être acceptables dans une démocratie et quand on est au sommet de l’état.

J’ai donc choisi de redéfinir en toute liberté mon engagement.

Francitude

Suis-je français ?

Je l’ai cru depuis le 47 ans qui me séparent de ma naissance. Mais l’état français m’oblige à me poser la question et, surtout, à en lui apporter la preuve.

A l’occasion du renouvellement de mon passeport (que j’ai toujours eu et qui, depuis des années, m’a permis de voyager), j’ai découvert que ma nationalité n’allait plus de soi.

Né d’un père étranger et d’une mère française née à l’étranger, je dois prouver que je suis bien français. Difficile à comprendre à 47 ans, quand on a fait son service national et qu’on est élu municipal.

Là où cela se complique, c’est qu’il faut remonter bien loin et apporter beaucoup de preuves pour obtenir son certificat de nationalité.

Il faut donc remonter jusqu’à ses arrières grands-parents. Je pars donc à la pêche aux copies intégrales des actes : certificats de mariage de mes parents, certificat de naissance de ma mère, certificat de naissance de ses parents (mes grands-parents maternels), certificat de mariage de mes grands-parents maternels, certificat de naissance de mon arrière-grand-père (le père de mon grand-père maternel).

Tout fier d’avoir réuni ces actes en à peu près un mois et demi, et en remerciant l’administration électronique qui permet maintenant de demander ces actes par internet dans un grand nombre de communes (avec un très mauvais point à la mairie de Nice, très petite commune des Alpes-Maritimes comme chacun sait, qui n’hésite pas à m’indiquer par courrier, après 3 semaines, que j’ai beaucoup de chances qu’on m’envoit la copie de l’acte, mais les archives municipales sont ouvertes entre tel heure et tel heure et qu’en plus la photocopie c’est tant d’euros), je me rends au Tribunal d’instance de ma commune pensant clore le sujet.

Et non. Il faut ajouter l’acte de mariage de mes arrières-grands-parents, parce que ce n’est indiqué sur aucun acte qu’ils se sont mariés et que s’il y a un enfant illégitime, ce n’est pas la même chose (je m’inquiète tout d’un coup pour les enfants de Ségolène Royal, elle est née à Dakar et elle n’est pas mariée, les pôvres !).

Mais le mariage, c’est quelque chose d’important. Parce que je dois aussi prouver que ma femme est bien française. Aussitôt, j’objecte que je suis français de naissance et que ma femme n’a rien à voir là-dedans. Oh que si. Voyez-vous, quelques inconscients renoncent à leur nationalité française lorsqu’ils convolent avec une jolie étrangère. Donc, si ma femme n’est pas française (rebolote, certificats de naissance et de mariage des parents, grands-parents, en espèrant qu’il n’y aura pas de loup en route), il faudra en plus que je prouve que je n’ai pas renoncé à la nationalité française en cours de route.

On peut rire de tout cela (ce n’est pas mon cas), mais on peut aussi en mesurer les conséquences :

  • comme je ne dois pas être un cas très particulier, quel trafic d’actes cela doit faire dans les communes, dont je rappelle que, particularité française, un grand nombre sont de très petites communes,
  • que se passe-t-il si, au milieu, une archive s’est perdue dans une guerre, un incendie ? si la mémoire de la famille s’est enfuie lors d’un décès (vous êtes nombreux, vous, à connaître les dates de vos arrières-grands-parents) ?

Pour ceux qui ont des problèmes avec les générations, rappelons que l’acte de naissance de mes arrières-grands-parents nous amène vers 1860.
Arrivons-en maintenant à diverses joyeusetés :

  • mes enfants, eux, ont eu leur passeport. Grâce à leur mère, certainement, mais cela fait bizarre, puisque c’est moi qui ait fait les démarches.
  • Que penser quand on me dit que si il me manque des papiers, on me reconnaîtra Français par possession d’état parce que je suis conseiller municipal ? Est-ce qu’on n’aurait pas pu abréger mes souffrances ?
  • Et si ma carte d’identité arrivait à échéance dans l’intervalle, que deviendrais-je : sans papiers ? Dites, Mr Sarkozy, où m’expulseriez-vous ?
  • Je peux si je le souhaite devenir espagnol très facilement. Est-ce que cela ne serait pas plus simple ? Encore qu’il me faudra demander un titre de séjour, mais je devrais en obtenir un pour 10 ans.

2 questions pour finir :

  • En vertu de quelle durcissement législatif en arrive-t-on à cette situation ? Je pensais que c’était à cause des lois Pasqua, mais j’ai renouvellé mon passeport sans difficultés, il y a quelques années.
  • Quand Sarkozy nous dit qu’il veut exclure du droit au logement opposable les étrangers en situation régulière, ne va-t-on pas créer des situations inextricables ou multiplier des situations comme la mienne ?

Mon père, espagnol et fils d’espagnol ayant fuit l’Espagne franquiste, placé dans des centres de regroupement à Montauban, puis emigré vers le Mexique, m’a toujours dit qu’il avait choisi de revenir en France à sa majorité, alors que sa famille est restée au Mexique, à cause de l’accueil de la France. Dirait-il la même chose aujourd’hui ?

(Pas) Bravo Ségolène !

Quand on joue avec le feu, on se brûle les doigts ! x
Est-ce que la droite et le MEDEF se seraient emparés du sujet des 35 heures si la gauche n’avait pas donné l’impression d’être moins ferme sur les 35 heures ?La droite, qui avait déjà commencé à revenir sur les lois Aubry, va maintenant pouvoir s’en donner à coeur joie.
Et ce sera d’autant plus facile que les revendications salariales sont devenues très fortes après des années de blocage et que maintenant la croisance commence à revenir (dans mon secteur, l’informatique, on sent bien que les projets repartent, que la mobilité augmentent et que les sociétés de service augmentent leurs tarifs).Alors, Ségolène, fallait-il vraiment aborder ce thème de cette manière maintenant et au détriment de ce que les socialistes ont fait ?

Oui, il faut améliorer les 35 heures. Oui, il faut que tous les salariés puissent bénéficier de la Réduction du Temps de Travail. Oui, il faut aborder la question des salaires et de l’organisation du temps.

Mais, l’argument de la droite “ceux qui veulent gagner plus doivent travailler plus” n’est pas acceptable !

Je ne sais pas ce que c’est que la “valeur travail”, mais je sais que pour certains le travail est aliénant quand il faut faire 1h30 de transport dans chaque sens, quand il faut travailler en horaires décalés, quand le stress et la trension sociale est forte.

Ouvrir la porte aux excès de la droite, la laisser parler en toute impunité de ces questions en surfant sur le velours des nuances dressées par Ségolène sur les 35 heures, c’est irresponsable.

Malheureusement, ce n’est pas le seul sujet sur lequel la thématique populiste de Ségolène Royal s’est posé, et ce sont autant de thèmes repris de la droite : présence militaire dans les collèges et lycées (un comble pour une génération comme la mienne qui s’est battu contre la présence policière dans les lycées et les facs !), nation, valeur travail, et j’en passe !

Alors, oui, ce soir, je suis en colère x x x !

PS : et je ne partage pas la conclusion de l’extrait ci-dessous d’un article de Libération du 21/10/2006 :

(…) Approche. Pendant ce temps, le camp socialiste se réjouit. Grâce à Thierry Breton, le sujet du jour n’est plus de chercher à comprendre les différences d’approche sur les 35 heures entre Laurent Fabius, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn. Mais plus simplement de s’interroger : pourquoi, si les 35 heures sont si catastrophiques, la droite ne les a-t-elle pas abrogées ? La gauche peut remercier le ministre d’avoir posé la question.

Dans toute cette thématique de la droite, où est le salarié ? Où est son intérêt ? Quel impact sur la croissance et sur l’emploi ? Voilà ce qui doit guider notre choix en lieu et place de convictions idéologiques.

Où vont nos libertés ?

Petite scène de rue à Neuilly-sur-Seine, un dimanche après-midi :

Je roule en voiture Bd Bineau lorsqu’un véhicule de la police municipale de Neuilly me fait arrêter. Circulant à mon niveau, les fonctionnaires de police ont constaté que ma fille de 10 ans, à l’arrière du véhicule, n’avait pas mis sa ceinture de sécurité. Evidemment en faute, j’obtempère et donne spontanément mes papiers et ceux du véhicule au policier. Celui-ci commence alors à interroger ma fille de la façon suivante : "D’habitude, est-ce que tu mets ta ceinture en voiture ?", sur un ton, je le prècise, qui n’était pas agressif.

A partir de là, tout bascule (je rassure les âmes sensibles, aucun blessé physique n’est à déplorer, vous pouvez poursuivre la lecture).

Outré que l’on puisse interroger un enfant, quand celui-ci n’a rien fait, et craignant que cela ne la mette dans une situation intenable : mentir ou dénoncer son père, je réponds au policier que "c’est moi qu’il doit interroger puisque c’est moi l’auteur de l’infraction", que "non, elle ne met jamais sa ceinture" et que "oui, c’est mal et je suis en tort". Celui-ci a très mal pris ma réaction.

Au final, je passe sur les détails, puisque je suis récalcitrant, j’aurai droit à une contravention de 90 € (amende minorée) pour transport d’un enfant de moins de 13 ans à l’arrière d’un véhicule sans ceinture, plus l’obligation de changer mon permis de conduire (comme beaucoup de personnes, 30 ans après, je ne ressemble plus à ma photo de permis) et quelques menaces supplémentaires sur le fait que si on avait voulu, on aurait pu trouver d’autres infractions (plaques non lisibles par exemple). Autrement dit, ça m’apprendra à l’ouvrir !

Vous pouvez penser ce que vous voulez mais, pour ma part, je pense que nous sommes entrés dans le royaume de l’arbitraire.

La police fait un travail important, difficile et nécessaire. Pour faire ce travail, elle doit être respectée et défendue.

Mais, pour cela, il faut que des règles normales s’appliquent.

Depuis quelques années, nos libertés sont rognées. Nous sommes entrés avec Sarkozy, mais aussi le 11 septembre, dans un monde où le citoyen est d’abord un délinquant. Certains plus que d’autres.

Radars et contraventions automatiques, policiers référents dans les collèges, … sont autant de manifestations d’un Etat où le citoyen doit craindre la police, être sans cesse sous surveillance et s’auto-réguler par crainte de la police et de la sanction.

Cette situation, familière aux américains, n’était pas la norme en France. Et pour ceux qui veulent savoir où cela mène, allez voir, un film comme Collision de Paul Haggis (il a eu 3 oscars cette année) qui décrit le racisme, la peur de l’autre et l’arbitraire policier au USA après le 11/09.

Oui, au risque d’être critiqué, je dis que ce n’est pas ma conception de la société.

Oui, je dis que je crois en un monde où le citoyen est éduqué, responsabilisé, et non pas surveillé en permanence.

Oui, je dis que je crois que les forces de police seraient mieux employées dans des actions préventives que dans des actions répressives.

Oui, je crois encore les utopies possibles si on a la volonté de les porter.

Oui, il me reste un fond d’idéal libertaire, je le revendique et je remercie Nicolas Sarkozy de me l’avoir fait redécouvrir.

PS : je précise, évidemment, que je paye la contravention de 90 €.