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La reproduction intégrale d’un article du Monde daté du 29/04.

Maryam, victime d’une offensive israélienne, comme 58 enfants depuis janvier à Gaza

Maryam Maarouf avait 14 ans. C’était une écolière comme il y en tant à Beit Lahiya, au nord de la bande de Gaza, avec son foulard et sa blouse stricte. Comme ses parents, ses cinq frères et ses quatre soeurs, elle a été réveillée, samedi 26 avril, vers 1 heure du matin par le bruit assourdissant des chars, des blindés, des bulldozers et des hélicoptères. Les Israéliens avaient franchi en force la frontière située à deux kilomètres.

Une incursion comme il y en a tant pour se saisir des tireurs de roquettes ou procéder à des interpellations. Jeudi, c’était à Beit Hanoun, de l’autre côté de l’enclave. Demain, ce sera peut-être au point de passage de Kissoufim, au centre du territoire, ou au sud, dans le secteur de Khan Younès. Une pratique routinière. Ce samedi justement, c’est la maison de Maryam Maarouf qui est visée.

Son père, Talal Maarouf, est un activiste du Hamas. Pas un gros poisson, mais quelqu’un qui compte localement. Un homme de terrain. Tel est l’objectif de cet imposant déploiement. La maison toute récente, loin d’être terminée, est la cible des forces spéciales israéliennes.

Personne ne peut dire combien il y avait de chars, de bulldozers et d’hélicoptères. Ce qui est sûr, c’est que l’assaut est massif. «  Il y en avait de tous les côtés. On a entendu des rafales, des explosions, c’était la guerre. Je n’avais jamais vu cela « , raconte Rizik Sobeh, le beau-frère de Talal Maarouf.

Son fils Ahmed, 16 ans, dormait dans la maison et se souvient de tout.  » Ils ont demandé à Talal de se rendre, disant qu’il était encerclé. Puis ils ont commencé à tirer. Tout le monde hurlait. Il y a eu d’énormes explosions. Un hélicoptère a tiré avec des grosses balles. « 

Et il ajoute :  » Nous étions couchés à terre. Lorsque ça s’est arrêté, nous sommes sortis. C’est là que ma cousine Maryam et ma tante Soumir ont été touchées. Soumir avait un bébé de 6 mois dans les bras. Elles ne pouvaient plus bouger. Une ambulance a tenté de s’approcher et on lui a tiré dessus. Puis deux jeunes ont essayé de secourir Soumir qui rampait. Ils ont été blessés par un missile. Je suis allé dans la maison du grand-père et je me suis caché. « 

CAHIERS ÉPARPILLÉS

Lorsque, vers 6 heures du matin, les soldats décrochent, après avoir échangé des tirs avec des combattants palestiniens impuissants face à cette armada, il est trop tard pour Maryam. Abou Sada Iyad, chirurgien à l’hôpital Kamel Adwan, confirme qu’elle s’est vidée de son sang. Une balle lui a traversé le corps pénétrant sur le côté jusqu’à la hanche opposée. Sa mère, Soumir, a reçu une balle dans le dos. Son état est jugé préoccupant. Elle ignore le sort de sa fille et de son mari, emmené en Israël. Huit autres personnes ont été blessées, dont quatre grièvement.

Ahmed a échappé de justesse à un missile. Il a été touché dans le dos et aux jambes. Ibrahim est sain et sauf, et avoue  » on a couru après la mort et elle n’est pas venue « . Il ne comprend pas pourquoi il y a eu cette incursion juste pour arrêter un homme. Il évoque la possibilité d’un tunnel creusé depuis la maison. Dans le garage, il y a effectivement une montagne de sacs de gravats.

Les Israéliens savaient-ils ? Aucune mention officielle n’en a été faite. La maison a été totalement dévastée. Un incendie a ravagé une grande partie du premier étage. Les murs sont constellés d’éclats. Les cahiers d’écoliers de Maryam sont répandus dans les décombres. La vigne qui procurait de l’ombre sur la terrasse a été tranchée net. Un bulldozer a réduit en amas de ferraille la fourgonnette. Les cabanes, le four traditionnel ne sont plus qu’un tas de débris.

Dans un rayon d’un kilomètre, les cultures ont été labourées par les blindés. Le réseau d’irrigation et les pompes ont été écrasés.  » Pourquoi détruisent-ils tout systématiquement ? Pourquoi veulent-ils nous empêcher de vivre décemment ? Pourquoi tant de dégâts pour arrêter une personne ? «  Rizik Sobeh ne comprend pas. Dans les champs, les villageois récupèrent ce qui peut l’être.

Maryam est morte sur un chemin de terre sans comprendre pourquoi l’enfer s’est abattu sur sa maison. Ce qui n’empêchera pas, lors des obsèques, un député du Hamas, Mushir Masri, de  » récupérer  » sa mort et de rendre hommage à  » cette résistante «  et  » martyre « .

Lundi matin, à Beit Hanoun, un obus de char israélien a, selon les habitants, fauché quatre frères et soeurs âgés de 1 à 5 ans. Selon l’ONU, 58 enfants palestiniens ont été tués depuis le début de l’année dans la bande de Gaza.

Michel Bôle-Richard (Beit Lahiya, envoyé spécial)

© Le Monde

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