Bipolarisation

Le résultat de l’élection présidentielle nous mène vers une bipolarisation du système politique français.

Avec d’un côté, un pôle de droite hégémonique autour de l’UMP agrémenté d’un groupuscule centriste totalement inféodé qui survivra aussi longtemps qu’il faudra sauver la face. Dans cette perspective, le FN avec la disparition de son leader historique et la reprise de ses thématiques par Sarkozy descendra autour de 7% et ne représentera qu’un pôle contestataire de la droite nationale chrétienne ou raciste.

La question qui nous est posée est de choisir la configuration équivalente pour la gauche.

Certains souhaiterait que l’émancipation social-démocrate de Dominique Strauss-Kahn conduise à une alliance centriste avec Bayrou, ce qui libérerait le champ à une gauche anti-libérale regroupant la gauche du PS sous l’égide de Laurent Fabius, une partie des Verts, le reste du PC et les alter-mondialistes avec José Bové. Ce mouvance cherche encore comment intégrer l’extrême-gauche et, particulièrement, la LCR, car son refus de gouverner obèrerait la crédibilité de ce mouvement anti-liberal.

S’il paraît séduisant aux tenants du pôle anti-libéral parce qu’il permettrait de marquer clairement la césure avec les sociaux-démocrates (coupable de s’allier avec le centre) et de rassembler tous les opposants à cette démarche, ce scenario ne me paraît pas tenir la route.

D’abord parce que pour qu’il y ait alliance avec Bayrou, il faudrait qu’il y ait volonté de la faire. Ce n’est bien sûr pas la volonté de DSK, ni, surtout, celle de Bayrou. Qui peut dire aujourd’hui ce qu’il restera du Mouvement Démocrate à l’issue des Législatives et avec les municipales en perspective? Trop de centristes doivent leur existence politique locale à l’UMP pour qu’un changement d’envergure puisse avoir lieu rapidement.

Pourtant, la période actuelle est propice à une recomposition du fait des lois de financement des partis politiques. La dotation de l’Etat dépend à la fois du nombre de candidat présentés aux législatives et du nombre de députés. Si une scission permettrait, l’année suivante, de redéfinir la dotation liées aux députés qui auraient rejoint la nouvelle organisation, la manne issue des candidatures resterait au parti d’origine (sauf accords particuliers difficilement imaginables). C’est donc maintenant qu’il faudrait proposer une nouvelle étiquette et fédérer un bloc cohérent de gauche.

Bien évidemment, ce scenario nécessite du temps.

Quels pourraient être néanmoins les contours politiques et l’organisation de ce bloc de gauche ?

C’est autour des valeurs social-démocrates, européennes et écologistes qu’il doit s’organiser sans ambiguités. Est-il pour autant d’essence libérale ? Oui, dans la mesure où il ne se définit pas par une remise en cause globale de notre système économique. Cela n’exclut pas cependant la mise en place de mécanismes de régulation visant à un meilleur contrôle de la diversité des financements et des participations dans certains domaines clés comme le droit à l’information, la gestion des matières premières (eau, électricité, énergies, …), le développement économique (accès au crédit pour les entreprises et les particuliers, notamment).

C’est dans la pratique social-démocrate de la négociation et la régulation que tous ceux qui veulent donner de la respiration à notre système économique trouveront les moyens d’exprimer et de mettre en oeuvre une vision différente. C’est pourquoi je ne pense pas qu’il soit antinomique avec certaines valeurs anti-libérales.
C’est pourquoi ce bloc de gauche ne doit pas s’enfermer dans une logique de scission entre sociaux-démocrates et anti-libéraux, mais, au contraire, permettre le dialogue et les passerelles. Ce bloc doit être avant tout une fédération qui permettre, à la fois, l’action commune et une expression spécifique de ses composantes. Il ne faut pas oublier que la rénovation de notre système politique doit aussi s’appuyer sur l’implication des acteurs sociaux (syndicats, par exemple) ou associatifs (ONG, notamment) qui doivent pouvoir trouver dans cette fédération des relais d’expression politique à leur action spécialisée.

La construction de cette fédération de gauche ne se fera pas décret. Mais, elle nécessite quelques conditions.

Le Parti socialiste ne peut pas en être le centre. Résultant d’une histoire longue et ancienne, il recèle aujourd’hui trop de contradictions et trop de compromis pour être un moyen efficace de rassembler ceux qui sont à l’extérieur.

C’est au-delà du Parti socialiste qu’il faut créer cette fédération. En acceptant, au moins à court terme, la double-appartenance avec les organisations actuelles.

Est-ce possible ?

Je le crois. Avec un peu de volonté, en 3 semaines, autour de Dominique Strauss-Kahn, de Dominique Voynet, et de quelques autres personnalités, sur la base d’une charte social-démocrate, sans renier son parti d’origine, mais en s’affichant au nom de cette alliance, et surtout en la portant sur le plan du financement des partis politiques, un grand nombre de candidats aux élections législatives pourraient fédérer une alernative social-démocrate à la droite et à Nicolas Sarkozy.

Ceci jetterait les bases de ce bloc de gauche que j’appelle de mes voeux.

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