L’atout qu’avait Chirac

La politique, ce n’est pas que coups bas et compagnie.

Une preuve dans cette chronique Géopolitique de Bernard Guetta sur France-Inter le 21/02/2007.

mercredi 21 février 2007

L’atout qu’avait Chirac

France-Inter le disait hier. Entre le vrai début de la campagne présidentielle et les derniers actes de son propre mandat, l’heure du bilan sonne pour Jacques Chirac. A gauche, à droite, ailleurs, chacun y va de son jugement. Sur la politique intérieure, l’économique, le social, l’Histoire tranchera, mais il est un point sur lequel l’hommage s’impose.

Ce début de siècle sera marqué par la guerre d’Irak. Pour de longues années encore, elle est l’événement déterminant de ces temps. Pour les chefs d’Etat, les hommes et les partis politiques, les intellectuels et la presse, elle aura été un test. Il y a ceux qui avaient vu juste et les autres et ce test, Jacques Chirac l’a passé.

Il l’a passé haut la main car il n’a pas seulement pressenti et dit ce qu’allaient être les conséquences de cette intervention militaire, le déchirement de ce pays, le développement du terrorisme, la montée en puissance de l’Iran, le bouleversement régional qu’impliqueraient l’arrivée au pouvoir des chiites à Bagdad et le réveil consécutif de la rivalité entre les deux branches de l’Islam.

Non seulement il avait mis en garde contre tout cela et ardemment tenté de convaincre les Américains de renoncer à cette folie mais, quand il fut clair que rien n’ébranlerait Georges Bush, il eut aussi le courage – il en fallait – d’essayer de mobiliser le monde contre cette aventure.

C’est largement grâce à lui que cette guerre n’est pas devenue – ce qui aurait été bien plus grave encore – un affrontement entre la chrétienté et l’islam et c’est pour ces raisons, courage et lucidité dans une crise internationale gravissime, que l’hommage, sur ce point, oui, s’impose.

Cela étant dit, reste une question. Comment se fait-il que cet homme qui a tellement changé d’opinions sur tant de sujets et que seule la conquête du pouvoir a semblé si longtemps intéresser ait pu montrer, là, tant de conviction et de détermination ? Sans doute est-ce avant tout que Jacques Chirac, au terme d’une carrière politique entamée il y a plus de quarante ans, avait pour lui ce qui fait le plus horreur aujourd’hui : la longévité.

En France comme ailleurs, l’époque déteste les indéracinables, les insubmersibles, ces figures que l’on a toujours vues parce qu’on a vieilli avec elles ou qu’on est né sous elles.

L’époque aime la nouveauté. C’est son droit, c’est un fait mais, contrairement aux novices, aux Berlusconi, Aznar ou Bush, contrairement à Tony Blair qui amorce la dissolution de son armement d’Irak, les vieux routiers ont l’avantage d’avoir une mémoire, un savoir, une expérience, de connaître le monde, de pouvoir faire la différence, tenez, entre un chiite et un sunnite ou de ne pas ignorer, détail d’importance, que les Turcs et les Iraniens ne sont pas des Arabes avec lesquels, sur les cinq continents, ils ne sont pas précisément en bons termes. Il arrive que cela serve et cette époque pourrait finir par regretter un jour d’avoir pour dirigeants des hommes un peu trop verts.

Bernard Guetta, France-Inter

Retrouvez cette chronique sur le site de France-Inter

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