Francitude

Suis-je français ?

Je l’ai cru depuis le 47 ans qui me séparent de ma naissance. Mais l’état français m’oblige à me poser la question et, surtout, à en lui apporter la preuve.

A l’occasion du renouvellement de mon passeport (que j’ai toujours eu et qui, depuis des années, m’a permis de voyager), j’ai découvert que ma nationalité n’allait plus de soi.

Né d’un père étranger et d’une mère française née à l’étranger, je dois prouver que je suis bien français. Difficile à comprendre à 47 ans, quand on a fait son service national et qu’on est élu municipal.

Là où cela se complique, c’est qu’il faut remonter bien loin et apporter beaucoup de preuves pour obtenir son certificat de nationalité.

Il faut donc remonter jusqu’à ses arrières grands-parents. Je pars donc à la pêche aux copies intégrales des actes : certificats de mariage de mes parents, certificat de naissance de ma mère, certificat de naissance de ses parents (mes grands-parents maternels), certificat de mariage de mes grands-parents maternels, certificat de naissance de mon arrière-grand-père (le père de mon grand-père maternel).

Tout fier d’avoir réuni ces actes en à peu près un mois et demi, et en remerciant l’administration électronique qui permet maintenant de demander ces actes par internet dans un grand nombre de communes (avec un très mauvais point à la mairie de Nice, très petite commune des Alpes-Maritimes comme chacun sait, qui n’hésite pas à m’indiquer par courrier, après 3 semaines, que j’ai beaucoup de chances qu’on m’envoit la copie de l’acte, mais les archives municipales sont ouvertes entre tel heure et tel heure et qu’en plus la photocopie c’est tant d’euros), je me rends au Tribunal d’instance de ma commune pensant clore le sujet.

Et non. Il faut ajouter l’acte de mariage de mes arrières-grands-parents, parce que ce n’est indiqué sur aucun acte qu’ils se sont mariés et que s’il y a un enfant illégitime, ce n’est pas la même chose (je m’inquiète tout d’un coup pour les enfants de Ségolène Royal, elle est née à Dakar et elle n’est pas mariée, les pôvres !).

Mais le mariage, c’est quelque chose d’important. Parce que je dois aussi prouver que ma femme est bien française. Aussitôt, j’objecte que je suis français de naissance et que ma femme n’a rien à voir là-dedans. Oh que si. Voyez-vous, quelques inconscients renoncent à leur nationalité française lorsqu’ils convolent avec une jolie étrangère. Donc, si ma femme n’est pas française (rebolote, certificats de naissance et de mariage des parents, grands-parents, en espèrant qu’il n’y aura pas de loup en route), il faudra en plus que je prouve que je n’ai pas renoncé à la nationalité française en cours de route.

On peut rire de tout cela (ce n’est pas mon cas), mais on peut aussi en mesurer les conséquences :

  • comme je ne dois pas être un cas très particulier, quel trafic d’actes cela doit faire dans les communes, dont je rappelle que, particularité française, un grand nombre sont de très petites communes,
  • que se passe-t-il si, au milieu, une archive s’est perdue dans une guerre, un incendie ? si la mémoire de la famille s’est enfuie lors d’un décès (vous êtes nombreux, vous, à connaître les dates de vos arrières-grands-parents) ?

Pour ceux qui ont des problèmes avec les générations, rappelons que l’acte de naissance de mes arrières-grands-parents nous amène vers 1860.
Arrivons-en maintenant à diverses joyeusetés :

  • mes enfants, eux, ont eu leur passeport. Grâce à leur mère, certainement, mais cela fait bizarre, puisque c’est moi qui ait fait les démarches.
  • Que penser quand on me dit que si il me manque des papiers, on me reconnaîtra Français par possession d’état parce que je suis conseiller municipal ? Est-ce qu’on n’aurait pas pu abréger mes souffrances ?
  • Et si ma carte d’identité arrivait à échéance dans l’intervalle, que deviendrais-je : sans papiers ? Dites, Mr Sarkozy, où m’expulseriez-vous ?
  • Je peux si je le souhaite devenir espagnol très facilement. Est-ce que cela ne serait pas plus simple ? Encore qu’il me faudra demander un titre de séjour, mais je devrais en obtenir un pour 10 ans.

2 questions pour finir :

  • En vertu de quelle durcissement législatif en arrive-t-on à cette situation ? Je pensais que c’était à cause des lois Pasqua, mais j’ai renouvellé mon passeport sans difficultés, il y a quelques années.
  • Quand Sarkozy nous dit qu’il veut exclure du droit au logement opposable les étrangers en situation régulière, ne va-t-on pas créer des situations inextricables ou multiplier des situations comme la mienne ?

Mon père, espagnol et fils d’espagnol ayant fuit l’Espagne franquiste, placé dans des centres de regroupement à Montauban, puis emigré vers le Mexique, m’a toujours dit qu’il avait choisi de revenir en France à sa majorité, alors que sa famille est restée au Mexique, à cause de l’accueil de la France. Dirait-il la même chose aujourd’hui ?

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