Ligne Blanche

Dans un entretien publié samedi 4 novembre 2006 dans les quotidiens régionaux Le Progrès et Midi-Libre, Ségolène Royal indique qu’elle n’entend « pas laisser des gamins de 12-15 ans faire la loi dans le pays ». « C’est dès la première incartade qu’il faut sévir », précise-t-elle.

Enfin quelqu’un qui tient un langage direct, diront certains.

Je ne suis pas d’accord. Et ce n’est pas faire preuve d’un laxisme coupable que de ne pas accepter l’approche de Ségolène Royal.

Ceci pour, au moins, deux raisons :

  • La première d’ordre idéologique : ce n’est pas de cette façon que la gauche aborde la question de la délinquance et du droit. Oui, nous sommes dans une société difficile, dont les valeurs sont, pour certains, moins bien cernées. Oui, il y a aujourd’hui des comportements inacceptables. Mais ce n’est pas dans une approche aussi restrictive, agressive qu’on résoudra les problèmes. Je ne veux pas d’une société répressive où tout commence et se conclut par la sanction.
  • La seconde d’ordre tactique : ce n’est pas en adoptant la même approche que la droite que nous serons entendus. Je récuse complètement l’idée que, puisque la sécurité préoccupe les français, il faudrait en parler de la même manière que la droite pour ne pas leur laisser ce terrain. Au contraire, en parler de la même manière que la droite, c’est légitimer son approche. Et, sur ce terrain, dans l’esprit d’une partie de la population, la gauche ne sera jamais crédible sur le plan de la répression et elle préfèrera toujours « l’original à la copie » (suivez mon regard).

Mais, au-delà de ces considérations, je suis de plus en plus interrogatif sur la politique que Ségolène Royal va proposer en matière de délinquance et de sécurité.

Si elle met en avant des idées répressives et essentiellement ces idées-là, cela ne peut pas être uniquement pour faire pièce à la droite. C’est qu’elle y croit. Si ces idées ne s’accompagnent pas d’un volet préventif, de valeurs de confiance, ne serait-ce pas parce que SR n’y croit pas ? Ne serait-ce pas parce que SR n’a pas confiance dans la capacité de changement de valeurs moins répressives ?

La frontière entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est plus est étroite. Pour moi, pour les valeurs auxquelles je crois, la ligne blanche n’est pas loin. « Ordre juste », « Remise au carré des familles », « Ne pas laisser les enfants faire la loi », « jurys populaires », … Où va-t-on ?

Je préfère nettement DSK quand il parle de « casser la machine à faire des pauvres » !

Une réflexion au sujet de « Ligne Blanche »

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