Déclaration de candidature de DSK dans Ouest France

Un peu avant sa déclaration de Sarcelles, DSK avait répondu à une interview publiée dans le journal Ouest France le 29 septembre.

En voici le texte :

Êtes-vous candidat à la présidentielle devant les militants socialistes ?

Oui, je dépose demain ma candidature. J’ai écouté les Français, sillonné le pays depuis plusieurs années. Je crois que la France est confrontée à des défis de grande ampleur. Moi, je dis : la rupture, c’est avec la politique de la droite qu’il faut la faire. Le moment de la vérité est venu. Ce qui est en cause, ce sont des choix qui marqueront pour longtemps la vie de chacun d’entre nous, de nos enfants et de nos parents.

Y pensiez-vous tout petit ou en vous rasant ?

Non. Avant de faire de la politique, j’ai enseigné l’économie, et je continue d’ailleurs de le faire ! Donc, pour moi, il ne s’agit pas d’une ambition que j’ai pu former tout petit. C’est une conviction qui s’est affirmée progressivement depuis le 21 avril 2002. Et quand je vois l’état de la France aujourd’hui, c’est maintenant, pour moi, un devoir. Maintenant une phase nouvelle commence. Elle va nous permettre de parler enfin des vrais sujets et je m’en réjouis.

Lionel Jospin a renoncé à être candidat. Qu’est-ce que cela change pour vous ?

C’est un retrait, je souhaite que ce ne soit pas une retraite. Sa voix compte et comptera. Il a été fidèle à lui-même, c’est-à-dire cohérent : il avait fixé des conditions pour être candidat et il a constaté qu’elles n’étaient pas remplies. En même temps, il a, je crois, contribué à éclairer nos débats en portant une certaine vision de la politique que je partage et que je veux faire vivre.

En quoi, à vos yeux, seriez-vous le mieux à même de combattre Nicolas Sarkozy ?

Il faut quatre conditions pour le combattre efficacement. Être rassurant, car il inquiète. Être rassembleur, car il divise. Défendre l’intérêt général contre les clans. Être porteur d’un projet ancré dans ce que la France a de meilleur en rejetant « la rupture » qui n’est qu’une importation du modèle américain.

Vous voulez être le candidat du renouveau de la social-démocratie. Mais ce gène-là existe-t-il dans la gauche française ?

Oui, non seulement le Parti socialiste est social-démocrate mais la France elle-même est très largement social-démocrate… sans le savoir ! Moi, le social est ma priorité et la démocratie ma méthode. Je suis un réformiste qui veut transformer petit à petit notre société, qui sait qu’il faut créer de la richesse pour pouvoir en redistribuer, qui souhaite lutter contre les inégalités en les attaquant à la racine. Le réformisme demande du temps. Je veux une gauche durable.

Avec qui le PS devra-t-il gouverner s’il l’emporte ?

Avec la gauche ! Évidemment !

Peut-il y avoir un rassemblement de la gauche sans programme de gouvernement ?

Non. Nous ne devons pas nous limiter à des accords électoraux. Si nous voulons faire renaître l’espoir, il faut avoir plus d’ambition.

Pensez-vous être le mieux placé pour rassembler la gauche ?

Oui et même doublement ! Au sein du Parti socialiste, car je suis au point de rencontre de l’innovation et de la tradition socialiste. Au sein de la gauche, car j’assume clairement mon identité social-démocrate et je respecte depuis toujours toutes les autres sensibilités. La gauche a su se rassembler plusieurs fois : contre le CPE, contre l’expulsion des enfants sans papiers et, à mon initiative, contre l’article de loi sur les « bienfaits « de la colonisation et pour le réseau Enfants sans frontières.

La dispersion des candidatures à gauche ne risque-t-elle pas de reproduire un autre « 21 avril » ?

C’est un risque. Je sens encore dans l’électorat de gauche le souvenir brûlant du 21 avril et la volonté de ne jamais le revivre. Je ferai tout pour créer à gauche la dynamique permettant de la conjurer.

Le budget 2007 réduit sensiblement le déficit. C’est difficile à attaquer pour un ancien ministre des Finances ?

Pas du tout ! Depuis cinq ans, la France est mal gérée. Cinq ans de perdus : la dette augmente, le chômage n’a pas baissé, le déficit de la Sécurité Sociale a explosé. C’est aussi pour cela que les défis que nous devrons affronter après 2007 sont si difficiles. Sachons – enfin ! – dire la vérité aux Français. On peut être ambitieux pour son pays sans lui faire de fausses promesses. La règle est simple : ne prenons que les engagements que nous pourrons tenir. C’est en tout cas ce que moi je ferai.

Le financement des retraites reste un problème central. Est-il raisonnable de plaider pour l’abrogation de la loi Fillon ?

Les régimes de retraite continuent d’accumuler les déficits. La loi Fillon n’a pas résolu le problème de financement, mais elle a accru les injustices. Je remettrai tout à plat – mais soyons honnêtes : il ne sera pas possible de revenir aux trente-sept années et demie de cotisations pour tout le monde. Je demanderai une négociation avec les partenaires sociaux pour tenir compte notamment de la pénibilité des différents métiers et du montant des petites pensions.

Si vous étiez à l’Élysée, comment aborderiez-vous la question du Proche-Orient ?

Je suis choqué par l’incapacité de l’Europe à se faire entendre dans le processus de paix. Lors de la crise de cet été, le président de la République française avait l’occasion d’utiliser la traditionnelle présence de notre pays au Liban pour faire avancer des propositions au nom de l’Europe. Le modèle européen peut en effet servir d’exemple. Voilà des peuples, la France, l’Allemagne, qui se sont combattus pendant des décennies et qui ont réussi à surmonter leurs haines, jusqu’à créer un espace où les conflits se règlent autour d’une table, par le débat et par le droit. Porteurs de ce modèle, nous avons un rôle particulier à jouer, et nous ne le jouons pas !

Par quelle autre initiative, l’Union européenne devrait-elle reprendre sa marche en avant ?

Ce sera, pour moi, une priorité de tous les instants. Je veux que la promesse, originelle, de réussite économique soit satisfaite et c’est loin d’être le cas. Et je ne renonce pas à doter l’Union d’un projet politique : je souhaite que le modèle social européen soit, pour tous les pays dans le monde qui accèdent à la démocratie, une alternative crédible au modèle américain.

Recueilli par Jean-Yves BOULIC, Paul BUREL, Didier EUGÈNE et Roland GODEFROY.

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