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Archive pour juillet 24th, 2006

Proche-Orient

Posté par Christian le 24 juillet 2006

En voulant revenir sur l’évolution du conflit au Proche-Orient, j’ai commencé par vérifier si Dominique Strauss-Kahn avait publié un message sur cette question. Il l’a effectivement fait le 18 juillet 2006, ici : http://www.blogdsk.net/dsk/2006/07/proche_orient_s.html

En résumé, la position de DSK est la suivante :

Il sépare l’intervention militaire israélienne dans la bande de Gaza (liée à la capture d’un soldat par le Hamas) de l’action militaire au Liban (liée à la capture de 2 soldats par le Hezbollah).

Pour proposer une voie pour sortir de la crise, il met en avant les principes suivants :

1. Libération des otages détenus par le Hezbollah. Instauration d’un cessez le feu.

2. Israël doit montrer de la retenue parce que le Liban ne peut pas évoluer sous la pression.

3. La résolution 1559 sur le désarmement des milices armées au Liban doit être appliquée.

Il appartient aux autorités libanaises de faire le point sur la participation du Hezbollah au gouvernement libanais.

4. Les différentes nations du G8 et l’Union européenne doivent transmettre ce message aux différentes parties prenantes.

La situation au Liban ne peut faire oublier celle de Gaza même si elle est de nature différente. Israël doit être invité à cesser son action militaire et le Hamas doit reprendre le processus de reconnaissance d’Israël qui a été entamé et assurer la libération du soldat prisonnier.

Comme on peut s’y attendre, le nombre de commentaires à ce message est impressionnant. Miracle ou effet pervers de l’expression directe, des centaines d’opinions divergentes s’expriment au point, certes, qu’on perd un peu le fil si on ne lit pas dans le détail tous les commentaires en notant précieusement le nom de leur auteur, mais avec l’impression, qu’au fil de la lecture, sa propre conception s’affine, se précise, ce qui est bien la vertu première du débat et, donc, de l’intérêt des blogs.

Je ne ferai pas un commentaire des commentaires, mais je me permettrai de prolonger les propositions de DSK par mes propres réflexions.

  1. D’abord, un rappel que je crois important : DSK croit, et je partage totalement cet opinion, au tropisme méditerrannéen de l’Europe et à la nécessité pour celle-ci d’inclure la totalité des pays en bordure de la Méditerrannée, donc y compris Israël et le Liban dans sa zone d’influence. Cela veut dire que l’Europe peut et doit être partie prenante du réglement du conflit, rôle que remplit aujourd’hui Javier Solana
  2. Dans un conflit, il y a une phase qui consiste à le suspendre puis, une fois qu’il est suspendu, une phase qui consiste à le régler
  3. Plus un conflit est ancien et moins on peut croire qu’on reviendra au status quo ante
  4. Pour trouver une solution, quels que soient les torts respectifs des belligérants (sauf en cas de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, probablement), la solution ne peut se trouver que si elle prend en compte les revendications de chacune des parries et permet de trouver un équilibre pour interrompre le conflit, avant de penser à sa résolution.

Après ces évidences, qu’il est toujours bon de rappeler, une autre série de réflexions sur les parties en présence :

  1. Israël est pays qui s’est construit dans la douleur et le conflit. L’histoire du peuple juif est une histoire de souffrance et de déracinement.
  2. Israël aspire légitimement à vivre en paix et en sécurité. Les israéliens veulent pouvoir profiter de la prospérité qu’ils se sont construites.
  3. Les palestiniens ont acquis le droit à un territoire, et, à terme, le droit à en faire un Etat libre et indépendant.
  4. Les territoires de Palestine ont besoin de construire une administration, une force de sécurité et de se développer économiquement. Ils doivent pouvoir le faire sans entrave et, pour cela, disposer des infrastructures et des ressources naturelles de la terre qui est la leur ou qu’ils partagent avec Israël.
  5. Le Liban est un pays, riche de sa culture et de ses ressortissants, qu’ils habitent au Liban ou fassent partie de sa diaspora.
  6. Le Liban a souffert pendant des années de l’ingérence, de l’occupation ou de la guerre. Il doit impérativement se reconstruire en tant qu’Etat pour équilibrer, avec l’Egypte et la Jordanie, la région autour d’Israël.

Les propositions de DSK, qu’on a rappelé plus haut, visent à suspendre le conflit en en supprimant certaines causes. Elles sont équilibrées en ce sens qu’elles exigent des actes de toutes les parties, y compris de la communauté internationale.

Pour ma part, je les complérerai de quelques propositions :

Le premier pas, le plus impératif, est la reconnaissance d’Israël par le gouvernement palestinien. Pourquoi demander d’abord un pas aux palestiniens, plutôt qu’aux israéliens ? Parce que l’Etat d’Israël existe et qu’il ne disparaîtra pas. En reconnaître l’existence n’est ni un acte de bravoure, ni un renoncement, c’est prendre acte d’un fait, d’une réalité.

Ce doit être le premier pas, parce que, de cette avancée, on peut ensuite exiger beaucoup d’Israël. Israël est un état démocratique, une puissance militaire, économique et politique. En éteignant, par la reconnaissance, sa principale revendication, la communauté internationale sera en droit d’obtenir, en retour, des avancées significatives pour les palestiniens et au-delà, pour l’ensemble du Proche-Orient.

La communauté internationale doit, d’une manière ou d’une autre apporter, des garanties aux palestiniens que ce premier pas qu’ils feront sera soutenu pour obtenir d’Israël le pas suivant.

Parce que je crois que le développement économique et politique de la Palestine est essentiel, il me semble que la garantie que doit apporter la communauté international doit viser à mettre en place (et surtout à restaurer) l’administration dans les territoires et les infrastructures. Cela doit doit se faire par l’injection d’argent et la mise en place d’une assistance à la reconstruction de l’administration. Une contrôle de la communauté internationale est nécessaire pour que la transparence soit de mise dans l’utilisation des fonds mis à disposition.

En échange, le deuxième pas, celui d’Israël, doit être la restauration de la libre circulation, du libre accès aux ressources naturelles, et, surtout, la fin des entraves au développement économique de la Palestine. Là aussi, l’appui et le contrôle de la communauté internationale sont nécessaires.

Pour que ces deux changements soient possible, il faut que la confiance s’instaure entre les deux parties. C’est pourquoi il faut que la communauté internationale soit garante de la sécurité des zones potentielles (ou avérées en ce moment) de conflit : les territoires et le Sud-Liban. C’est pourquoi je suis favorable à l’envoi d’une force armée de l’ONU dans ces deux zones avec un mandat clair : instaurer la sécurité par le désarmement des milices armées non gouvernementales en parallèle du déploiement progressif de la force de sécurité palestinienne dans les territoires et de l’armée du Liban au sud du pays.

Une fois ces premiers acquis, et nous ne leurrons pas, s’ils paraissent simples et évidents à nous autres européens, ils coûteront beaucoup diplomatiquement et politiquement à ceux qui les feront. Mais, soutenus par la communauté internationale, ils permettront de se rapprocher d’une solution du conflit, solution qui avait été bien près, je veux le croire, d’aboutir sous l’égide des Etats-Unis d’Amérique à la fin de la présidence de Bill Clinton.

Note : il est impératif de lire le livre de Charles Enderlin, Le Rêve brisé : Histoire de l’échec du processus de paix au Proche-Orient (1995-2002), sur ces négociations.

C’est à ce moment qu’il sera temps d’aborder les questions de fond comme le statut de Jérusalem (dont je crois qu’il ne peut être qu’administré par une force internationale et garantit par une assemblée multiconfessionelle).

Le Rêve brisé : Histoire de l\'échec du processus de paix au Proche-Orient (1995-2002)

Pour compléter cette note, je vous conseille la lecture de 3 extraits du livre de DSK, 365 jours, journal contre le renoncement sur le Proche-Orient  :

Posté dans international | 2 Commentaires »

365 jours – Extrait : Israël

Posté par Christian le 24 juillet 2006

A l’occasion du retrait israélien de la banque de Gaza en Août 2005 (à la date du 17 août 2005)

(…) L’accompagnement, pour ne pas dire la pression internationale, seront décisifs pour qu’Israël aille plus loin. Les Etats-Unis devront assumer leurs responsabilités. Et l’Union européenne devra s’impliquer plus directement, de manière plus unie.

Mais tout cela ne sera possible que si les Palestiniens renoncent effectivement au terrorisme. Le désespoir alimente les comportements les plus terribles, il ne les excuse pas, il ne les justifie pas. Il revient à Israël de tracer une perspective. Mais la volonté palestinienne d’assurer le droit d’Israël à la sécurité doit être dénuée d’ambiguïtés. Ce n’est pas encore le cas. Pour les uns comme pour les autres, il faudra donner une suite au retrait de Gaza

Extrait du livre de Dominique Strauss-Kahn, 365 jours, journal contre le renoncement, Grasset, 2006, page 307

Note : un extrait d’un journal est forcément le reflet d’un moment. L’attaque cérébrale de Ariel Sharon, comme le retour de l’armée israélienne dans Gaza depuis cette date, peuvent modifier le contexte, mais n’enlèvent rien à la pertinence de l’analyse de DSK.

Posté dans 365 jours - Extraits | Pas de commentaires »

Marie-Antoinette

Posté par Christian le 24 juillet 2006

Je viens de terminer la biographie de Marie-Antoinette, de Antonia Fraser, publiée chez Flammarion, qui a servit d’inspiration au film éponyme de Sofia Coppola.

L’auteur de la biographie dépeint une Marie-Antoinette subissant son rôle de reine, entre la pression politique de son mentor autrichien pour qu’elle influence la politique du roi Louis XV, puis de son mari Louis XVI, dans un sens favorable à l’Autriche, la pression morale de sa mère l’Impératice Marie-Thérèse pour qu’elle cimente le mariage, qu’elle a organisé, par la maternité (d’un héritier mâle).

Trop jeune et mal préparée à être la dauphine d’abord, puis jeune reine trop insouciante ou « romantique », et enfin, trop symbolique pour les révolutionnnaires, le personnage de Marie-Antoinette est, à lire Antonia Fraser, attachant. Comment être « Première Dame » (First Lady) dans un monde finissant, avec un mari falot, face aux pesanteurs et rituels de Versailles ? Cette question n’est probablement pas différente de celle que doivent se poser les épouses de Président, chacune devant trouver sa propre réponse sans qu’aucune règle ne soit, en France, écrite. En attendant que ce soit un mari qui devienne la première « First Lady » ;-)

Marie-Antoinette, fut, semble-t-il, une protectrice des arts, particulièrement de la musique. Influencée, notamment, par Rousseau, elle organisa autour du Petit Trianon, un monde « idyllique » et une société d’amis.

Jusqu’à la fin, elle a défendu l’unité de sa famille, refusant de quitter son mari, ses enfants, et de fuir le sol de France.

Si la biographie se lit facilement et permet de comprendre Marie-Antoinette et sa psychologie, on reste sur sa faim quand à l’arrière-plan historique de cette période. Si le texte contient beaucoup de détails rapportés par les journaux intimes et les lettres de proches de Marie-Antoinette, c’est essentiellement pour mieux décrire la vie de celle-ci plutôt que de nous faire comprendre le contexte d’une époque. C’est le propre d’une biographie, je suppose, mais c’est parfois frustrant.

L’auteur revient sans arrêt, avec une instance qui est génante et des détails inutiles, sur la vie sexuelle de Marie-Antoinette décrite dans les pamphlets qui circulaient à l’époque pour dénigrer « l’Autrichienne ».

A la biographie, je préfère de beaucoup le film de Sofia Coppola qui se centre sur la période allant du mariage de Marie-Antoinette à son départ de Versailles pour les Tuileries en juin 1789. Si la trame et le personnage sont les mêmes, la réalisatrice a su rendre une atmosphère et à donnner corps au personnage féminin décrit dans la biographie.

Cette insouciance et cette « modernité » de Marie-Antoinette transparaît remarquablement au travers de la mise en scène de Sofia Coppola par le choix de la musique et du montage. La reconstitution de Versailles, des costumes aux rituels, dans des décors somptueux donne une idée de ce que devait être la vie « royale » en cette fin de XVIIIème siècle.

On ne peut s’empêcher de penser, en imaginant le contraste entre la frivolité de la vie de ces princes et la dureté de la vie des gens normaux, qu’on a probablement bien fait de leur couper la tête.

Marie-Antoinette

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