Où vont nos libertés ?

Petite scène de rue à Neuilly-sur-Seine, un dimanche après-midi :

Je roule en voiture Bd Bineau lorsqu’un véhicule de la police municipale de Neuilly me fait arrêter. Circulant à mon niveau, les fonctionnaires de police ont constaté que ma fille de 10 ans, à l’arrière du véhicule, n’avait pas mis sa ceinture de sécurité. Evidemment en faute, j’obtempère et donne spontanément mes papiers et ceux du véhicule au policier. Celui-ci commence alors à interroger ma fille de la façon suivante : "D’habitude, est-ce que tu mets ta ceinture en voiture ?", sur un ton, je le prècise, qui n’était pas agressif.

A partir de là, tout bascule (je rassure les âmes sensibles, aucun blessé physique n’est à déplorer, vous pouvez poursuivre la lecture).

Outré que l’on puisse interroger un enfant, quand celui-ci n’a rien fait, et craignant que cela ne la mette dans une situation intenable : mentir ou dénoncer son père, je réponds au policier que "c’est moi qu’il doit interroger puisque c’est moi l’auteur de l’infraction", que "non, elle ne met jamais sa ceinture" et que "oui, c’est mal et je suis en tort". Celui-ci a très mal pris ma réaction.

Au final, je passe sur les détails, puisque je suis récalcitrant, j’aurai droit à une contravention de 90 € (amende minorée) pour transport d’un enfant de moins de 13 ans à l’arrière d’un véhicule sans ceinture, plus l’obligation de changer mon permis de conduire (comme beaucoup de personnes, 30 ans après, je ne ressemble plus à ma photo de permis) et quelques menaces supplémentaires sur le fait que si on avait voulu, on aurait pu trouver d’autres infractions (plaques non lisibles par exemple). Autrement dit, ça m’apprendra à l’ouvrir !

Vous pouvez penser ce que vous voulez mais, pour ma part, je pense que nous sommes entrés dans le royaume de l’arbitraire.

La police fait un travail important, difficile et nécessaire. Pour faire ce travail, elle doit être respectée et défendue.

Mais, pour cela, il faut que des règles normales s’appliquent.

Depuis quelques années, nos libertés sont rognées. Nous sommes entrés avec Sarkozy, mais aussi le 11 septembre, dans un monde où le citoyen est d’abord un délinquant. Certains plus que d’autres.

Radars et contraventions automatiques, policiers référents dans les collèges, … sont autant de manifestations d’un Etat où le citoyen doit craindre la police, être sans cesse sous surveillance et s’auto-réguler par crainte de la police et de la sanction.

Cette situation, familière aux américains, n’était pas la norme en France. Et pour ceux qui veulent savoir où cela mène, allez voir, un film comme Collision de Paul Haggis (il a eu 3 oscars cette année) qui décrit le racisme, la peur de l’autre et l’arbitraire policier au USA après le 11/09.

Oui, au risque d’être critiqué, je dis que ce n’est pas ma conception de la société.

Oui, je dis que je crois en un monde où le citoyen est éduqué, responsabilisé, et non pas surveillé en permanence.

Oui, je dis que je crois que les forces de police seraient mieux employées dans des actions préventives que dans des actions répressives.

Oui, je crois encore les utopies possibles si on a la volonté de les porter.

Oui, il me reste un fond d’idéal libertaire, je le revendique et je remercie Nicolas Sarkozy de me l’avoir fait redécouvrir.

PS : je précise, évidemment, que je paye la contravention de 90 €.

Une réflexion au sujet de « Où vont nos libertés ? »

  1. Cher Monsieur,

    L’incident auquel vous avez eu à faire face se produit quotidiennement, mettant en cause des centaines de personnes qui chaque jour réalisent que les services publics qui devraient être en charge de leur/notre protection ne sont que les instruments dévoyés d’un contrôle insidieux.
    Lisez (sur Wikipedia) le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu.
    Et si vous avez le temps, venez me rejoindre sur (Google ou Rezo):

    renaudbouchard.canalblog.com

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