Journalisme

Vu sur le net :

Why does what seems like definitional hair-splitting matter? Because when a whistleblower knocks on your door, you must decide not whose side you’re on but whom and what principles you serve. This is a way to recast the specific argument journalists are having now about whether Snowden is a hero or a traitor. Wrong question. As a journalistic organization, the Guardian had to ask whether the public had a right to the information Snowden carried, no matter which side it benefitted (so long as the public’s interests — in terms of security — were not harmed).

source : All journalism is advocacy (or it isn’t)

Comme on le voit, il reste quelques voix au USA pour comprendre l’importance de la démocratie et défendre Snowden.

Secrets

Ce qui est choquant dans la révélation actuelle de la surveillance par les USA des communications téléphoniques et internet de particuliers, c’est l’idée que, pour les américains, il existe des citoyens de seconde zone.

En effet, si, au nom de la défense de Amérique et des américains, on peut espionner des étrangers sans tenir compte de leurs droits et en portant atteinte à leur vie privée, c’est reconnaître que leurs droits sont inférieurs à ceux des américains.

Ce sont des citoyens de seconde zone.

Quand un grand pays démocratique comme les USA s’engage dans cette voie, les droits de l’Homme, la régulation internationale n’existe plus.

Nous verrons ce qui sortira de cette histoire, mais il ne saurait y avoir, dans un état moral et un état de droit, de compromis entre la liberté et la sécurité. Les deux dont nécessaires.

Rwanda

La chronique du livre de Patrick Besson, Mais le fleuve tuera l’homme blanc, sur ce blog m’avait fait découvrir une réalité inconnue ou oubliée du génocide rwandais.

A la lecture de l’enquête publiée dans Le Monde du 27/01/2012, sous la plume de Christophe Ayad et Philippe Bernard, il apparaît que la réalité est complexe et qu’on ne saurait prendre parti sur une version ou une autre de l’Histoire sans un peu de circonspection.

Lire l’article en totalité sur lemonde.fr

Extrait

[...]

Les deux « vérités » judiciaires, diamétralement opposées, que la même procédure semble avoir tour à tour établies, reflètent les thèses inconciliables défendues par les deux camps en présence dans le débat public français.

Les uns avaient applaudi le juge Bruguière. Pour eux, aucun doute : la France n’a rien à se reprocher. C’est Paul Kagamé qui, en assassinant le président hutu Habyarimana, a déclenché le massacre de ses frères tutsi.

Les autres mettent tous leurs espoirs dans la nouvelle enquête du juge Trévidic : la désignation des extrémistes hutu – dont certains cadres militaires furent formés et encadrés par Paris de 1990 à 1994 – comme auteurs de l’attentat, exonère les rebelles tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé, en guerre contre le régime Habyarimana depuis 1990. Cette autre « vérité » laisse planer l’hypothèse d’une complicité de la France dans l’événement qui donna le signal du génocide.

La controverse inclut la question du lien entre l’attentat et le génocide. Curieusement, la focalisation sur un crash qui a fait douze victimes, a presque fini par reléguer au second plan le massacre de 800 000 personnes. Alors que les historiens ont établi que l’extermination de la minorité tutsi avait été préparée (établissement de listes, appels radiophoniques à l’élimination, formation des milices extrémistes hutu Interahamwe qui ont joué un rôle majeur dans le génocide), les pro-Bruguière tendent à faire de l’attentat la cause essentielle, voire unique, des massacres, qui auraient débuté « en réaction ».

Insensiblement, le mystère de l’attentat s’est transposé en mystère sur les auteurs du génocide. Convaincus de la culpabilité de Paul Kagamé dans l’assassinat du président, ceux qui refusent de mettre en cause la France le désignent comme le responsable du génocide de son propre peuple. L’actuel président aurait sacrifié les Tutsi de l’intérieur pour conquérir le pouvoir, comme l’expliquait le juge Bruguière dans son ordonnance de novembre 2006, qui, sortant du cadre judiciaire développait une analyse historique aux allures de pamphlet.

[...]

Ces deux « versions de l’histoire » ont fini par dessiner deux camps inconciliables, porteurs, chacun, d’une vision du rôle et de la place de la France en Afrique, dans le monde et dans l’histoire. Toutes proportions gardées, l’affaire rwandaise évoque la guerre d’Algérie. Elle soulève des questions comparables : l’articulation entre l’Etat républicain et l’armée ; l’euphémisation d’une véritable guerre coloniale en « opérations de maintien de l’ordre » (Algérie) ou en« soutien à un régime ami attaqué par des rebelles » (Rwanda) ; la rivalité avec les Anglo-Saxons sur le continent africain, connue sous le nom de « syndrome de Fachoda », du nom de l’incident diplomatique survenu au Soudan en 1898, et considéré comme le symbole de l’humiliation de la France par la Grande-Bretagne.

[...]

Christophe Ayad et Philippe Bernard
in Le Monde, 27/01/2012

Avec François Hollande

Chacun trouvera dans l’historique de ce blog mon soutien permanent à Dominique Strauss-Kahn. Sans rien abdiquer de ce soutien, le logo de la campagne de François Hollande apparaît maintenant sur le site.

Parce qu’il faut en finir avec la Droite au pouvoir, parce qu’il faut un autre président que Nicolas Sarkozy, parce que la Gauche doit être unie et rassemblée pour gagner, je soutiens François Hollande à l’élection Présidentielle de 2012.

Réalité

J’ai lu quelques part que s’il fallait n’avoir lu qu’un seul livre, il faudrait que cela soit Les Bienveillantes de Jonathan Littell.

J’avoue ne pas être loin de partager cet avis.

Première raison à cela, la description de la 2ème Guerre Mondiale et de l’extermination des juifs, vu du côté allemand. 70 ans après, la guerre, la « solution finale », la bataille de Stalingrad sont devenus des concepts théoriques. La réalité quotidienne que décrit Littell, aussi bien dans la crudité de son exposé des conditions de regroupement et d’extermination des juifs, que dans la relative douceur dela vie à Berlin à la fin de la guerre, ne doit pas être oubliée.

La grande force de  Littell est de ne pas avoir choisi un pur salaud comme personnage principal et narrateur. L’homme, sans envergure, plutôt opportuniste, a plus la capacité a se laisser porter par les évènements et les rencontres que par sa volonté de prendre des postes et grimper dans la hiérarchie.

C’est un nazi, c’est certain. Il ne remet jamais en cause le bien-fondé de la politique de Hitler,  des actions d’extermination auxquelles il participe et qu’il organise.

Mais, c’est aussi un être humain, avec ses faiblesses (il est homosexuel) et ses peurs.

Certains lecteurs ont trouvé inappropriées les scènes décrivant la sexualité (crue) du personnage, ses relations avec sa soeur, ou ses cauchemars et fantasmes.

Je pense, au contraire, que sans ce procédé, nous aurions pris trop de distances avec le personnages, et serions resté dans la construction théorique dont je parlai au début de cette note.

2ème raison de faire de ce livre l’un des principaux romans à lire et à garder, c’est sa qualité romanesque. Arrivé au bout des 400 premières pages, là où d’habitude les autres romans se terminent, on se demande comment les 1000 pages qui restent vont pouvoir conserver l’attention du lecteur, continuer de nous étonner et de nous intéresser,  et ne pas nous lasser à force de répétitions. Rien de tout cela. Voilà un livre de 1400 pages (en édition de poche) qui se lit facilement, et sans ennui. De France, à Berlin, de Stalingrad à la mer noire, en Pologne ou ailleurs, l’histoire allemande de la seconde guerre mondiale, vue par Max Aue, le narrateur, nous remet en mémoire, sans aucune complaisance, et avec un grand réalisme, l’horreur de la politique d’extermination des juifs menée par les nazis.

A lire, pour ne pas oublier, pour que la réalité ne disparaisse pas derrière un concept.

PS : on peut toujours relire HHhH, le livre de Laurent Binet sur Heydrich qui reste aussi nécessaire et complémentaire après la lecture de Littell, et auquel j’avais consacré une note il y a quelques mois.


Les Bienveillantes – Prix Goncourt et Prix du roman de l’Académie française 2006

Jonathan Littell. Gallimard 2008, Broché, 1408 pages, € 12,73


HHhH

Laurent Binet. Le Livre de Poche 2011, Poche, 448 pages, € 7,00

Vivant

Limonov n’est pas, a priori, un personnage sympathique. Président d’un part national-bolchevique en Russie, il apparaît comme le représentant d’une forme de fascisme. Quand on apprend qu’il s’est battu aux côtés des serbes de Milosevic pendant la guerre civile qui a suivi l’éclatement de la Yougoslavie, ce n’est pas l’image d’un héros positif qu’a choisi Emmanuel Carrère pour personnage de son dernier livre, prix Renaudot 2011. Ni, de fait, la tendance que je soutiens.

C’est pourtant un livre qui m’a ému et touché.

Comme dans L’Adversaire, livre sur Bernard Roman qui a assassiné sa famille après l’avoir trompée pendant des années, ou dans D’autres vies que la mienne, son livre précédent, la démarche littéraire d’Emmanuel Carrère n’est pas de porter un regard extérieur sur des personnes ou des évènements, de faire une étude clinique. On est avec le personnage, on évolue avec lui, et on le découvre progressivement, pages après pages.

Là  où l’Adversaire est une construction théorique de Bernard Roman et de ce qui a pu le conduire à tuer sa famille lorsqu’il ne pouvait plus continuer à mentir, Limonov s’appuie à la fois sur les entretiens de Carrère avec Limonov, et sur les livres de Limonov lui-même, puisqu’écrivain, son oeuvre est essentiellement autobiographique (plutôt de qualité, à en croire Carrère).

Pour s’immerger dans le personnage et atteindre une certaine réalité, il faut à Emmanuel Carrère une capacité d’empathie assez extraordinaire. Pour arriver à percevoir, comprendre, interpréter un homme qu’on n’aime pas forcément, il faut être capable de laisser de côté ses sentiments et le besoin de juger. A plusieurs reprises, le livre parle moins de Limonov que de Carrère lui-même, tant il faut d’abord se comprendre et connaître soi-même si on veut pouvoir comprendre les autres. Se comprendre soi-même, comprendre les raisons de ce qu’on ressent face à un acte ou une position de son personnage, se percevoir en relation avec cet acte pour pouvoir le dépasser et pouvoir l’interpréter par rapport à lui et non par rapport à soi. N’oublions pas que le personnage, ici, Limonov, n’est pas un personnage de fiction, mais un être réel qui a réellement vécu les actes qui sont décrit, les a raconté et qu’il est difficile de tricher avec cette réalité là.  N’oublions pas, non plus, qu’il n’est probablement pas anodin que le personnage soit un russe et que la période concernée soit celle de la fin de l’Union soviétique, lorsque la  mère d’Emmanuel Carrère est une spécialiste reconnue de l’ex-URSS.

La dimension politique est notamment très présente à la fin du livre. Elle apporte un éclairage inhabituel sur Gorbatchev, et sur Poutine, leur rôle et ce qu’ils ont apporté à la Russie. Cette approche a été une surprise et m’a semblé assez en décalage avec l’image que les européens ont gardé de cette période. Cette leçon d’histoire n’est certainement pas un élément négligeable du livre.

Il y a un sujet, un auteur, un personnage, mais pour que l’alchimie d’un livre fonctionne, il faut un lecteur.

A côté de la vie (romanesque) de Limonov, du style d’Emmanuel Carrère, de l’arrière plan historique et politique, les interrogations spirituelles de Carrère et de Limonov ont trouvé un écho très fort avec mes propres réflexions. C’est probablement un élément important des raisons qui m’ont fait aimé ce livre.

Au-delà de cet élément personnel, les dernières pages, que je ne dévoilerai pas, tant elles illustrent la méthode Carrère, dans ce dialogue à 3 entre le personnage, l’auteur et son fils pour trouver une fin « acceptable » au roman, justifient la lecture de Limonov, le livre d’Emmanuel Carrère.


Limonov Prix Renaudot 2011

Emmanuel Carrère. P.O.L 2011, Broché, 496 pages, € 19,95


D’autres vies que la mienne

Emmanuel Carrère. Folio 2010, Poche, 352 pages, € 6,39


L’Adversaire

Emmanuel Carrère. Gallimard 2002, Poche, 219 pages, € 5,00

Le blog d'un citoyen qui rêve d'un grand président de la république